Présentation

Dans
cette capitale textile du XIXe siècle, les collections du musée
se sont développées en plusieurs étapes, à la faveur
des donations, des dépôts de l'Etat et de l'histoire industrielle
de la ville. Créé en 1862, le musée affirme son identité
actuelle en tant que musée d'art et d'industrie, consolidée par
son installation prochaine dans un lieu étonnant et prestigieux - une piscine
Art déco intégralement conservée - où les collections
prendront leur pleine mesure.
Jusqu'à
présent installé dans les salles de l'ancienne Bourse de la laine
de la chambre de commerce, à l'intérieur de l'hôtel de ville,
le musée a organisé ses collections et ses activités dans
trois espaces : le premier, historique, est voué à l'architecture
urbaine de Roubaix, le deuxième est consacré aux activités
pour enfants et le troisième, la partie la plus importante du musée,
présente les collections beaux-arts et arts décoratifs.
Les
collections permanentes comprennent principalement trois volets :
- la peinture
et la sculpture du XVIIe au XXe siècle
- les arts décoratifs
des XIXe-XXe siècles
- les arts textiles

La
petite châtelaine de Camille Claudel (1896).
Le
legs Sélosse en 1924 et la donation du peintre Jean-Joseph Weerts, qui
ont introduit dans les collections des oeuvres d'Ingres, Gérôme,
Gérard Weeks, Girodet, Fantin-Latour, Greuze, Monticelli, Martin... et
de Rémy Cogghe (près de 60 peintures et 300 dessins), offrent la
possibilité d'aborder de nombreux thèmes et courants : la relation
à la réalité au XIXe siècle (le quotidien, l'Orient),
l'art et la nature, le symbolisme, le post-impressionisme. Un ensemble intéressant
de la première moitié du XXe siècle permet d'appréhender
l'art entre les deux guerres (Alfred Courmes, Othon Friesz). Pour la sculpture,
les signatures de Carpeaux, Etex, Dalou, Rivière, César, Arman...sont
des plus notables. Par ailleurs, le XVIIe siècle français est représenté
par des artistes de renom : Sébastien Bourdon et Claude Vignon, Jan A.
Beerstraten et Nicolaes Berchem pour les écoles du nord.

De
fonds d'arts décoratifs des XIXe et XXe siècles est dominé
par la collection de céramiques de Sèvres : vases, objets, pièces
de forme, pièces monumentales et uniques comme le portique en grès
cérame dessiné par Sandier pour l'exposition internationale de Gand
en 1913. Le musée conserve l'un des plus importants ensembles qui soient
pour la production de Sèvres du XXe siècle s'y ajoute un ensemble
de mobilier et d'objets d'art du XIXe siècle, provenant notamment du legs
Sélosse duquel on remarquera une coupe réalisée par Emile
Gallé.
Le
très riche fonds textile témoigne de l'activité industrielle
de Roubaix et le situe sans conteste au niveau des musées du tissu de Lyon
et de Mulhouse. En effet, dès 1839 était collecté l'ensemble
des créations textiles réalisées à Roubaix auquel
s'ajoutaient les productions françaises qui servaient de références
aux étudiants et aux industriels. Réunie en livres d'échantillons
et en albums (environ 3000 ouvrages), cette somme représente une source
documentaire et artistique unique sur la création textile en France de
1840 à 1940. Le département textile est par ailleurs augmenté
d'une collection de tissus anciens, de l'art copte au mouvement Art déco,
et comprend plusieurs milliers de pièces. Une place est également
consacrée à la création textile contemporaine, le musée
sollicitant régulièrement des créateurs.
Fort
de sa double identité : d'une part, beaux-arts, grâce à ses
collections très diversifiées, d'autre part, industrie, dans le
sens d'une évocation de la production textile du Nord et de Roubaix en
particulier, le musée s'affirme comme un lieu culturel vivant. Une situation
qui sera certainement enrichie avec l'installation dans de nouveaux locaux.

" 50
000 visiteurs en un mois à la Piscine ! "
QUAND, un jour de 1989,
Bruno Gaudichon vient à Roubaix pour la première fois, le musée
nexiste pas. Plutôt, il nexiste plus depuis sa fermeture en
1940, les collections dispersées, plus ou moins conservées, plus
ou moins oubliées....
« Quand je suis arrivé, on nétait
pas totalement convaincu de lintérêt dun musée
pour Roubaix. Mais à la mairie, on penchait quand même pour une réouverture
éventuelle des galeries de lENSAIT » (lécole dingénieurs
textiles). ...
Bruno Gaudichon demande à voir les lieux en ville susceptibles
daccueillir les collections du musée : le directeur de la culture
de lépoque, Michel Skalecki, commence le périple par la piscine
de la rue des Champs, antique bâtiment art-déco de 1932, fermée
quatre ans auparavant. Et là, nouveau coup de foudre : « Cette image
despace et dabandon comme après une catastrophe nucléaire
était très impressionnante. » La visite sarrête
là.
Dans son esprit, la décision est prise : le musée
de Roubaix se fera ici (ou ne se fera pas)....
Il lui faudra attendre ces
derniers jours doctobre 2001 pour voir les sculptures installées
dans le grand bassin retravaillé par larchitecte Jean-Paul Philippon...
Très vite sans doute, et aujourdhui plus que jamais, Bruno Gaudichon
fait sienne la remarque dAndré Diligent : « Le musée
est le symbole du renouveau de Roubaix. »
Le soir de linauguration,
ce fameux soir où 6 000 personnes ont arpenté les allées
du musée pendant que 6 000 autres devaient piétiner dehors (image
inédite à Roubaix !), une gardienne est montée dans son bureau
en pleurant démotion et de joie. « Jai vu des gens pleurer
en découvrant le bassin ».
Extraits de l'article de La Voix
du Nord , Édition du Mercredi 05 Décembre 2001