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9 juillet au 14 septembre 2008

ARLES,
ALLER-RETOUR PASSIONNEL par François Hébel,
directeur des Rencontres d'Arles.
Pourquoi
revenir à Arles ? Cette ville « dont on
a envie de faire le bien malgré elle ».
Pourquoi dès que l’on quitte Arles, que
l’on s’éloigne de la Camargue, il
n’est plus qu’une obsession, celle de s’en
revendiquer ? En 1987, un groupe d’amies arlésiennes
et journalistes parisiennes m’emmenaient dans
un enthousiasme joyeux, assister à Paris au
premier défilé d’un jeune couturier
arlésien qui créait sa maison : Christian
Lacroix.
Vingt ans après, lorsque les Arlésiens apprennent que Christian
Lacroix composera le programme 2008, les Rencontres prennent une autre valeur à leurs
yeux, une dimension affective. Vingt ans pendant lesquels Christian Lacroix
assoit son image en revendiquant sa fibre arlésienne, mais vingt ans
que Christian fréquente peu sa ville d’enfance. Peut-être
même l’affaire est-elle douloureuse.
Il
n’est pas le seul Arlésien à adorer
Arles en se tenant à distance. Est-ce la densité de
cette ville si chargée d’histoire, ancienne
capitale romaine au IVe siècle, haut lieu de
la chrétienté au XIIe siècle,
régulièrement réfractaire au
pouvoir central : royaliste à la Révolution, républicaine à la
Restauration, communiste à la Libération, de droite sous l’union
de la gauche, de gauche lorsque l’État repasse à droite… ?
Une ville rude, ouvrière : le port, l’usine du train, la construction
de raffineries, le papier ; une ville rurale : la Camargue ; une ville virile
: le taureau, les soubresauts du Rhône, le pastis auquel on n’échappe
pas. Une ville de migrants, dont le symbole des flamants roses cache des réalités
plus violentes. Espagnols, Italiens, Nord-Africains, Gitans, réfugiés,
exilés, autant de populations déracinées pour toujours.
Une ville isolée par un arc qui, de Marseille à Montpellier,
en passant par Aix, Avignon et Nîmes, distribue l’Europe du Nord
vers l’Espagne et l’Italie, laissant Arles dans un cul-de-sac.
Une
ville d’une rudesse bouleversante, ses plages
en bout de digues, Beauduc, magnifique, accessible
par une piste chaotique, et les autres aux accès
secrets. Glamour avec sa feria où l’on
danse jusqu’au bout de la nuit pour oublier la
gravité de la journée. Splendide en hiver lorsque l’horizon
violemment balayé par le vent crée une lumière que l’on
ne connaît qu’au plat pays, ce qui attira Van Gogh. Romantique
dans ses hôtels, où l’on reprend souffle avant de se jeter
à nouveau dans l’arène de la feria, des Rencontres, ou du
mistral. Gourmande dans ses tables virtuoses dont les chefs de passage prennent
racine pour y accumuler des toques ou des étoiles. Imposante et délicieuse
par ses vieilles pierres...
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