Artiste peintre professionelle, travail
de lien entre postures humaines et histoire de la peinture, expositions
galeries France et etranger, formation beaux arts.
Les postures de cecile
marchand
Cécile Marchand peint et depuis 15 ans élabore une oeuvre
singulière, sans jamais céder sur son désir de peindre.
Aujourd'hui elle travaille sur une série d'hippopotames, alanguis,
reveurs, hippo-klein, hippo-koon, hippo-ingres. Des hippopotames qui
disent, non sans humour le corps et ses reveries. Là encore, elle
accepte la confrontation avec les marges, les clichés, les iconographies
tenaces, ce qui voile l'oeil. Elle s'efforce d'Assumer les aléas
de l'image sans s'en repaitre, sans redondance, sans aigreur ; en joue
mais ne cesse pas d'affirmer.
Cette liberté et
cet humour fait de cecile Marchand une authentique artiste pop.
Elle convoque
dans sa peinture des bêtes, des postures et les
couleurs d'un paganisme proprement pictural. Ferme, ambitieuse, se soutenant
d'une affirmation décisive quant à la peinture et à ses
exigences, son travail s'impose par delà les coquetteries et les
aléas verbeux.
Retrouver quelque
chose de l'humilité souveraine du bleu de Giotto,
dans ses rémanences abstraites, rétiniennes et mystiques,
c'est peut-être l'une des ambitions de cecile marchand. On ne dira
pas pour autant qu'il s'agisse d'une peinture religieuse au sens strict.
Il faudrait plutôt envisager son travail comme un art de la posture
et si l'on conçoit la posture comme une certaine vérité de
l'âme et du corps, une certaine manière d'affronter la lumière
et les aléas d'une iconographie tenace, éculée.
On comprendra que ses postures sont aussi une éthique de la peinture,
une éthique du geste pictural.
Pas d'ivresse
feinte à représenter la madone, pas d'exaltation
post_moderne. De l'humour mais pas d'ironie metapicturale. Pas de faux
lyrisme, flamboyant pour rien, outrecuidant. Juste maintenir l'exigence
de la posture et dénouer l'emprise du cliché par la singularité de
la vision. On a donc des madones qui ne sont pas traitées comme
des symboles ou des allégories mais qui sont plutôt dans
le lacé de leur pose, de leur torsion une certaine idée
de l'incarnation à la fois vive mais aussi étrangement
distanciée. Elles semblent s'imposer dans un espace complexe,
entre le sujet figuratif et le fond abstrait.
Et puis, il y
a la lumière changeante et l'entrelacs mis en oeuvre,
abstrait et sensuel. On évoquait précédemment une éthique
de la peinture. Elle réside aussi dans le traitement de la lumière
et de la couleur qui fait que la nature du support est prise en compte
dans les modalités de l'apparaître : les reflets varient,
la lumière se décline différemment, la texture n'est
jamais abordée abstraitement. Le regardeur est pris en compte.
Donc un « outil analytique » efficace, incluant physiquement
le regardeur et assumant sans déni la part décorative de
la peinture et plus encore sa texture dans le travail sur les couches,
le glacis. Et la feuille d'or, et l'iconique et l'enluminure, et le jeu
des cases : autant de manières pour cecile marchand de ne pas
négliger la dimension proprement picturale de la figure mythologique
ou religieuse ou plutôt leur inscription dans une grammaire du
plein, du vide, du miroitement des cases et du clignotement.
Cette exigence
presque artisanale d'un savoir-faire ne releve pourtant jamais du
pompier ou du metapictural. Ni ironie, ni
inflation religieuse
surcodée. Juste une joie de la technique en vue d'élaborer
une rencontre avec une figure à la fois connue et pourtant distanciée
et libérée.
C'est là aussi que réside l'éthique de sa peinture
: Ne pas se laisser deborder par l'imaginaire sans en mesurer l'impact
et les enjeux techniques. La figure ne dissimule pas les conditions de
son apparaître et plus encore celles ci sont en quelque sorte aléatoires
et relèvent de l'observateur. Par exemple, le traitement de la
couleur alternant stromboscopie et glacis invite l'oeil à trouver
le bon point de vue, celui qui associera l'infini de la couleur aux reflets
lumineux.
Pas d'expressionnisme
abstrait, pas d'icônes ironiques plutôt
une sagesse pop, secrete et innocente. Essayer de regarder ses madones
ou son hippopotame alangui... Il faut trouver la perspective et cela
rejoint aussi l'art de la posture évoqué precedemment,
comme s'il fallait aussi pour contempler le travail de cecile marchand
atteindre à cet abandon superieur, sexy, reveur, nonchalant et
surtout singulier de ses figures.
Si vous n'êtes pas l'hippopotame allongé comme une odalisque,
vous ne verrez rien et vous resterez corps tronqué, morcelé.
Il y a aussi une sagesse des idoles.
Laurent Bilger