Je
tente de figer l’émotion que suscitent en moi l’environnement,
l’espace qui m’entoure, les gens qui le peuplent et que
je rencontre, la musique qui l’inonde. J’aime capter l’impermanence
et l’histoire des choses. L’espace qui s’érode
comme le lido de Sète qui est un thème que j’explore,
la friche industrielle où la nature fait intrusion, la simple
trace de la présence d’un objet, l’univers musical.
Proche de la figuration libre et du mouvement d’art singulier,
je suis aussi influencée par les expressionnistes. Derrière
une apparence décalée, caricaturale et humoristique,
je tente d’exprimer le vrai et le vécu des objets. Un
matériau usé, abîmé, une cicatrice, une
patine, des aspects qui racontent l’histoire des objets et
des gens.
Je m’approprie l’instant en le matérialisant et
le transfigurant. Une pause, la courbe d’un mouvement, cette
mèche rebelle, la ligne de la bouche. Attirée par les
effets du réel, je les amplifie et les détourne sur la
toile. Cents choses m’interpellent, les scintillements, les reflets
de lumière dans l’eau, l’ombre portée sur
le sable d’un bout de bois, le rendu d’une couleur ou d’une
consistance, comme la rouille qui me fascine.
J’aime détourner le détail. Regardez bien cette
sorte de paysage de brindilles qui est formé de personnages
primitifs.
Sans règles ni rituel, je procède au feeling, par accumulation,
compilation de techniques, de thèmes, d’instants croqués.
La toile devient le lieu où se rencontre toute la matière
des instantanés, où se lient les croquis, les thèmes.
Je les emboîte en utilisant outils techniques, peinture acrylique,
pastels gras, encre, collage, crayons, photographies que j’associe
de façon impulsive pour laisser parler l’émotion.
Je me laisse aussi aller au simple plaisir plastique d’une tâche
d’encre, du trait rouge qui reprend la forme, de la couche
de vernis qui fait briller un poisson sur une mer bancale.
Les nus peuvent
révéler un état interrogatoire
de notre temps. Peindre un homme, une femme, à l’état
naturel, une recherche inconsciente dans mon travail de la force et
la présence de l’humain.
Cécilia
Mak 2008