Fentes - interstices - passages - portes morcellement
- éclatement de lespace - difractation - plans multiples impossibilité
de reconstituer, percevoir le tout.je contemple la montagne de loin, je perçois
lensemble, jidentifie lobjet, celui-ci prend sens, il y a cohésion
des divers éléments. je mapproche de la montagne et
déjà ma vision cesse dêtre globale; je nai plus
le recul nécessaire pour percevoir l ensemble; je suis sur
cette montagne, je massois sur le sol et j observe ce qui s
y passe; je découvre tout un univers immense: pierres, plantes, un paysage
dans le paysage, animaux minuscules s affrontant dans des combats titanesques.
Un autre espace temps, sur une autre planète? Interférences entre
deux univers... la fourmi a-t-elle conscience du sens de ce qui lui arrive lorsque
mon pied lécrase? mondes parallèles. Où suis-je brusquement,
où ai-je basculé? Tel la fourmi sur son territoire, lhomme
est dans l impossibilité de percevoir le tout, il ne peut voir la
montagne, seulement une suite infinie de morceaux, de parties qu il
cherche inlassablement à assembler pour reconstituer une image globale
qui lui devienne intelligible. Immense puzzle jamais terminé. Il
lui faudrait prendre de la distance, renoncer à son microscope, observer
de suffisamment loin pour que les détails s estompent au profit de
la scène générale. Il doit séloigner, survoler
lensemble, mais comment? le voyage est intérieur, et là aussi,
l espace est éclaté, composé d une infinité
de plans et il n a ni carte ni balises pour le guider; alors quel direction
emprunter? la seule possibilité serait dopérer un changement
de niveau de conscience, pour voir enfin se dessiner, la mystérieuse silhouette
tant espérée, commencer à entrevoir la trame, la configuration
de cet ensemble indéchiffrable dont il fait partie. Mais comment passer
d un plan à un autre? il est debout en un point de l espace,
d où partent dans toutes les directions des perspectives à
linfini, jeux de miroirs, galerie des glaces. Mon travail de peintre
est dans sa presque totalité, traversé par cette interrogation,
cette exploration intérieure de lespace, juxtaposition de plan colorés,
qui s affrontent, se heurtent, se croisent, se superposent, interférents
les uns avec les autres, ou parfois se fondent l un dans l autre,
dans un glissement progressif, passant d une énergie à
une autre. Qu il sagisse de carrés, de lignes verticales ou
horizontales, partout l espace est fragmenté, il y a rupture. La
vision est partielle, impossible d appréhender l ensemble,
il y a morcellement, errance à géométrie variable. Plans
colorés se côtoyant à linfini, rencontrent aléatoires,
la couleur peut-elle , mieux que la perspective, suggérer à elle
seule lespace? La couleur parle, elle est poème, la couleur
chante elle est musique, la couleur éblouie, elle est peinture... la couleur
est médium, interface, entre l intérieur et l extérieur,
elle nous véhicule. Peut-être, un instant, au cours du voyage, percevrons-nous
la déchirure, l interstice, le passage, qui mène de lautre
coté, là où l on peut voir le " dessin-dessein
"dans sa totalité? Espoir. La quête; laquelle? celle de
lhomme, de tous les hommes, même ceux qui ne le savent pas. JS |