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(...) Pour
un tableau ou pour un travail en volume, je me parle à moi-même...
tout haut ; dialogue solitaire sans cesse interrompu par le bruissement des
outils,
des matériaux.. si ce n'est l'écho de ma propre voix. Dialogue
solitaire
sans fin, car la fin d'un tableau s'érige en acte de naissance d'un autre
et ainsi de suite. Aucun espoir de secours autre que les éléments
qui contribueront à bâtir les fibres vives de l'oeuvre.
Véritable
conquête ! Conquérant solitaire sans cesse à la recherche
du salutaire. Tel un missionnaire, l'artiste doit se laisser quiger par son flair,
sa foi et sa spontanéité. Dans ce jeu de cache-cache, rien n'est
gagné à l'avance. L'issue n'est ni garantie, ni certaine.(...)
Aujourd'hui comme hier, l'artiste doit se créer son espace de combat... à sa
mesure... selon ses propres moyens. Du début à la fin, je me trouve
transporté dans un rêve. Ce rêve me libère et me restitue
mes droits. Le tableau terminé constitue une attestation, un laissez-passer
qui augmente mes pouvoirs : ma force et mon ardeur au travail,
dans une société chargée de mythes et aussi d'interdits.
(...)
Chez moi, l'utilisation des objets hétéroclites, souvent banals,
se place dans l'ordre du culturel, d'un rituel tendant à sacraliser le
produit... et donc à me protéger...
Kra N'GUESSAN
Juin 99
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