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La photographie
chez Georges Dussaud repose sur sa sensibilité. Il ne sagit
pas de
montrer le réel, mais de linterpréter, de travailler sur
des
intuitions. Le noir et blanc, la lumière naturelle, lutilisation
de films à grande sensibilité mettent en exergue une dimension
esthétique
et plastique, et annihilent laspect rigoureux de la discipline.
Linstant
nest pas volé. « Le temps de la photographie est d'abord le
moment confiné où le photographe approche, apprivoise son sujet.
Entrer dans des écoles de Kathakali pour photographier les maîtres
et les enfants n'est pas une démarche aisée dans ces lieux où l'enseignement
reste traditionaliste. Georges Dussaud sait créer ce rapport
d'humanité, d'intimité et de respect qui, avec la patience, inspire
la confiance de celui qui lui donnera la photographie. Offrande, abandon de soi
- ce temps sans espace est celui du silence. Il est difficile de l'évaluer,
il peut paraître très long mais être en réalité très
bref, c'est ce moment où chacun se retrouve face à soi, comme devant
un miroir mental. Moment de gêne jusqu'à ce que le silence fasse
sens. Puis vient l'instant fugace, invisible - seconde qui se fige sur le papier
photographique. Le geste s'est déjà évanoui, et pourtant
il restera suspendu, livré à l'éternité et à une
multitude de regards. »
Alexandra
Gillet, « Dans la lumière du Kerala : une histoire de temps »,
in La Griffe, n°96, 25 octobre - 7 novembre 2000
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