gb agency
a le plaisir d’ouvrir à la
rentrée un nouvel espace avec de nouveaux projets. Ce lieu
permettra à la fois de développer et d’approfondir
le programme de la galerie tout en envisageant de nouvelles formes
de commissariat, à Paris ou ailleurs. Un espace dédié à une
structure autonome pourra, par son dispositif et sa temporalité,
proposer un regard différent sur la création contemporaine.
Pour l’inauguration de ce nouvel espace, gb agency est heureuse
de présenter une exposition personnelle d’Omer Fast
avec deux pièces inédites en France: l’œuvre
vidéo Nostalgia et l’installation, The Forlorn Lover’s
Guide to the Underground and to Doubles déployées dans
l’espace.
La structure narrative
en trois parties de Nostalgia s’articule
autour d’un souvenir, transmis et reformulé à plusieurs
reprises. Chacun des trois films (trois chapitres) occupe son propre
espace: le spectateur progresse ainsi physiquement et spatialement
dans l’histoire. Une conversation entre l’artiste et
un exilé politique nigérian résidant à Londres
est à l’origine du projet. Nostalgia rejoue à la
fois ce moment tout en créant une nouvelle fiction.
À l’entrée du dispositif, la première
vidéo montre un homme s’activant dans les bois. En voix-off,
il raconte son histoire : une enfance difficile et solitaire dans
un pays en guerre, sa rencontre avec son protecteur qui l’initie à toutes
sortes d’activités, notamment la chasse à la
perdrix. L’image est instable, la caméra bouge, le style
est maladroit, le format du document semble amateur.
Plus loin, dans une seconde
salle, on assiste à la rencontre
entre un metteur en scène (ou un artiste) et un jeune homme.
Le premier demande à son interlocuteur de raconter son histoire,
celle d’un jeune Africain recherchant l’asile politique
en Grande-Bretagne. Deux écrans synchronisés côte à côte
font écho au mode du dialogue entre les deux hommes. L’installation
se complexifie et l’image est plus lisse.
Au fil de propos confus et de malentendus, le récit du jeune
homme se cristallise autour d'un souvenir d'enfance, lorsque son
père lui apprenait à fabriquer des pièges pour
attraper des perdrix.
Dans la troisième salle, la dernière partie de l’œuvre
est plus cinématographique. Tournée en 16 mm, elle
reprend le style des films de science-fiction des années 1970
: un émigrant blanc d’une Europe post-apocalyptique
se fait arrêter sur les côtes d’un pays d’Afrique
de l’Ouest. Vision futuriste traitée au passé,
glissements géopolitiques, Omer Fast combine ces éléments
disparates, joue des oppositions et des anachronismes pour entraîner
le spectateur dans un récit à la fois tendre et violent.
Le demandeur d’asile est d’abord entendu par les autorités
locales, avant d’être relâché en échange
de renseignements sur le réseau d'immigration et ses secrets
; d’autres candidats à cette immigration clandestine
inversée seront alors capturés dans un tunnel. Son
témoignage fait un détour par le souvenir d'un piège à oiseaux
repris par les différents protagonistes du film.
Si Nostalgia traite de
la notion de déplacement, physique
ou mental, il s’agit surtout de la transformation du souvenir
: du passage de l’expérience intime au récit
qui en est fait. De salle en salle, le souvenir prend ainsi la forme
d'une histoire aux ramifications complexes, dont l'agencement de
l’installation reprend la multiplication des points de vue.
The Forlorn Lover’s Guide to the Underground and to Doubles,
première installation non vidéo d’Omer Fast,
est constituée d’une quarantaine d’éléments
: textes, photographies, dessins, photocopies, documents. L’accrochage
rhizomique de ces éléments s’articule autour
d’Omar al-Gougle, personnage central d’une narration
aux entrées multiples. Différentes fictions s’entremêlent,
se recoupent, voire même se contredisent. Si l’ensemble
des récits forme à dessein une boucle en circuit fermé,
images et illustrations ouvrent au contraire sur différentes
perspectives.
Des ‘caves des patriarches’ d’Hébron à la ‘camera
obscura’ d’Edison, le spectateur se retrouve au centre
d’un labyrinthe d’informations, réelles ou fictives.
Le ton de la rumeur plane tout au long de l’installation :
Omar al-Gougle, auteur à succès, se serait donné la
mort après la parution d’un article peu élogieux
sur son dernier livre, l’attentat perpétré par
des membres du groupe ‘The Weatherman’ — déjà présent
dans une autre œuvre de l’artiste — se trouverait étrangement
relié à Hollywood à travers l’acteur Dustin
Hoffman.
L’activisme des années 1970 frôle ici les notions
de terrorisme actuel au Moyen-Orient. À travers la vie obscure
d’Omar al-Gougle, l’artiste déhiérarchise
les informations, la grande Histoire devient égale à l’anecdote,
la fiction ne se reconnaît plus vraiment de la réalité.
Si CNN Concatenated (2002)
venait à bout de l’information
télévisuelle et Godville (2005) rendait caduque la
reconstitution historique, The Forlorn Lover’s Guide to the
Underground and to Doubles épuise le média internet
et interroge la véracité de ses moteurs de recherche.
Dans la continuité des autres œuvres de l’artiste,
cette pièce témoigne d’une rigueur de l’écriture
et d’une grande inventivité de construction.
Cette exposition témoigne ainsi de nouvelles directions prises
par l'artiste dans son travail tout en affirmant la récurrence
de ses principes fondateurs.
Nostalgia a été coproduit
par la South London Gallery; UC Berkeley Art Museum and Pacific
Film Archive et Verein der Freunde
der Nationalgalerie, Berlin. |