Tomo Savic-Gecan conçoit des œuvres
qui littéralement, prennent corps entre le présent
et le futur, entre l’ici et l’ailleurs, entre un espace
public et un autre, entre l’esprit du spectateur, où que
ce dernier se trouve, et le lieu institutionnel de l’exposition,
qui pourrait bien se produire dans un endroit différent. C’est
le cas lorsqu’il invente une situation dans laquelle le spectateur
d’une exposition qui a pour thème "l’économie" doit
fixer le prix d’entrée de celui ou de celle qui lui
succède immédiatement – Untitled, 2000. Ou encore,
lorsqu’une phrase inscrite sur le mur du lieu d’exposition
rappelle que le nombre de visiteurs pénétrant à cet
instant dans un centre d’art à Amsterdam a un impact
sur une piscine publique de Tallinn (laquelle, programmée
pour recevoir l’information en temps réel, modifie sa
température en conséquence) – Untitled, présenté à la
Biennale de Venise, 2005.
Pour la programmation Satellite, l’artiste présente
une œuvre nouvelle en deux parties, l’une située à l’intérieur
du Jeu de Paume, l’autre – qui est son reflet exact – dans
un second lieu institutionnel, la Kunsthall de Bergen en Norvège.
Ces deux parties proposent la fidèle reconstitution d’un
espace réel du Jeu de Paume, avec toutefois une modification
aussi minime que cruciale : dans chaque salle, l’un des murs
est conçu de sorte à bouger avec une extrême
lenteur. Au travers de cet infime rétrécissement, chaque
pièce est effectivement le miroir de l’autre, le mouvement
de la première salle étant, après un bref délai,
déclenché par les visiteurs de la seconde.
Le "contenu" de la pièce dont il ne reste plus
que le volume correspond au conventionnel "cube blanc" institutionnel
revisité par l’artiste, ici dédoublé et
traité de sorte à suivre quasi monstrueusement (avec
un sentiment chaque fois accru de claustrophobie) l’action
de son double, à l’autre bout de l'Europe. Liant deux
institutions et deux publics (dont certains membres pourront n’avoir
pas conscience que leur entrée dans un lieu a des conséquences
ailleurs), l’intervention architecturale de Tomo Savic-Gecan
s’inscrit dans le goût de l’artiste pour des œuvres
visionnaires créant une expérience esthétique
au travers d’espaces et de temps distincts. |