Sea & Sex & Sun & Sex & Drugs & Rock’n’Roll.
Tel est le cocktail que nous propose Lionel Scoccimaro : l’ivresse
des formes par le mélange des genres.
Du synesthète….
Il est parfois bon de
revenir aux racines de l’art, de se
remémorer que formes et couleurs constituent le socle de l’expression
artistique. Lionel Scoccimaro en a pleinement conscience. Ses culbutos
Custom Made jouent des codes de la sculpture moderniste du type d’Henry
Moore autant que de la sculpture automobile tendance tuning enflammé,
et ajoutent au plaisir visuel le goût du toucher. Pas étonnant
dès lors que les hommages totémiques, associations
libres, viennent à la rencontre du bruit tumultueux de légendes
du surf (Matt Archbolb) ou du psychotropisme cinématographique
de John Waters.
Sur le même principe, la nouvelle série des GAP fait
pénétrer une certaine tradition du métier, sculpture
en bois tourné, dans un formalisme déviant. Le sensualisme
du bois, le mélange des essences, la confrontation au métal,
viennent coller un maelström de référents, balançant
du pendule à la toupie en passant par le sex toy. L’enfant
s’amuse, l’adulte… aussi, et le vieux sage occultiste
cherche les révélations. En un objet surdimensionné,
il décrit la vie et dévoile ce qui est caché,
ou enfoui, en chacun de nous.
Télescopage des sens et de l’histoire de l’art
viennent aussi croiser le bois dans ses Crosses : imaginez Alex d’Orange
Mécanique échangeant sa canne contre un casse-tête
d’art primitif avant de partir en ballade punitive aux côtés
d’André Cadere armé de ses « barres de
bois rond ».
…Au sin-esthete.
Le travail de Lionel Scoccimaro
est fait de ces allers-retours entre violence et délicatesse, insouciance et préméditation,
chocs des cultures et clashs esthétiques. Il dessine cet autoportrait
dissimulé en esthète du péché. La série
MOPO perpétue la pratique du collage artistique née
il y a près d’un siècle sous les doigts d’un
andalou obsédé par les femmes. Réactivée,
la technique surréalisante permet d’imbriquer en une
même œuvre les thématiques, courbes directrices,
chéries de l’artiste. Surf, skate et tatouage, fleurs
et jeunes filles en fleurs, œuvres d’art, forment une
rétrospective de fantasmes adolescents sur fonds de composition
rythmique abstraite.
Pour SMYT, c’est la sexualité comme forme de rébellion
sociale qui est traitée en forme de voyeurisme brut. Saisie
de l’instantané due au polaroïd, revendication
profonde d’un féminisme décomplexé, c’est
toute l’histoire de la libération sexuelle héritée
des années 1960 qui se retrouve dans cette accumulation d’images
de femmes montrant leurs seins en public. Lionel Scoccimaro combine
alors sphère privée et publique, lie une histoire personnelle à une
dimension socio-politique et fait de la pauvreté du matériau
un compte-rendu de performance.
Dans ces deux dernières pièces, il semble ainsi interroger
l’ambiguïté permanente qui ronge nos cultures occidentales,
ce puritanisme exacerbé face à l’hypermédiatisation
pornographique, où l’accessibilité absolue du
sexe se confronte à un tabou qui tente de le maintenir dissimulé.
Après tout, le programme Sea & Sex & Sun & Sex & Drugs & Rock’n’Roll
ne constitue-t-il pas un perfect day ? Plus qu’à attendre
ce jour béni….
Benjamin Bianciotto |