Guillaume
Pinard profite d’un retour à la
galerie Anne Barrault pour se rappeler une pratique fondamentale,
mise de côté par déviation et qui s’invite
de nouveau dans la ronde de ses inclinations : la sacro-sainte peinture à l’huile.
Le temps de cette nouvelle exposition, il oublie le noir et blanc
râpeux de ses figures spectrales et agitées, le compulsif
de la trace, la jouissance immédiate du fusain, pour une peinture
manifestement émancipée, colorée, physique et
laborieuse.
Ainsi s’opère le mouvement de ses pratiques.
De la pointe grasse à la bille sèche, du calcul séquentiel
d’animation au brossé du pinceau, c’est par le
procédé, la pratique, que se construit le trait, l’intention.
Ici, c’est une composition à choix multiples qui est à ordonner
: toile, pigments, résidus, couleurs, autant d’éléments à maitriser,
contre lesquels il faut aussi lutter - on comprend le contournement
du début, le détour plus rassurant vers l’illustration
et le dessin.
C’est en empruntant à l’esthétique de
l’enfance que Guillaume Pinard s’applique à la
tâche et s’aventure dans l’adipeux de l’épreuve à l’huile.
Il crée des motifs radiants, exaltés, vifs. De façon
volontairement scolaire, il les encadre de perspectives élémentaires
et étroites. Il les isole dans une sorte de contenant sans
emballage, une boîte ouverte sûrement pas par accident,
pour dévoiler le « Oups, désolé ! Moi,
c’est aussi ça ! » de leur nature cachée.
Qu’ils soient lapin solaire, adepte du jus de trombine, cheval à la
fierté membrée, vierge entendant méchamment
le rester ou vase sévèrement fleuri, les figures de
Guillaume Pinard révèlent son obsession de la lisibilité.
L’utilisation des codes du dessin régressif joue de
cette hantise. Formes accessibles, coloration simple, mise en situation
académique. Dans le sujet comme dans la matière, ce
qui est donné à voir doit être admis, saisi dans
l’immédiat. Tout doit être clair. Rien ne doit
susciter l’interprétation. Un cheval qui bande est un
cheval heureux, voilà tout. De même, et sans en avoir
les contours apparents - au sens où on entend qu’elle
est matière élaborée, raffinée ou son
stricte contraire - la peinture à l’huile est une peinture à l’huile
parce qu’elle est peinte à l’huile, voilà tout.
Chez Guillaume Pinard, artiste éminemment interdisciplinaire,
le support est expression. À travers les salissures inhérentes à l’expérience
de la peinture, il nous traduit sa disposition à envisager
les pratiques, c’est à dire en fonction. Entre ses différentes
formes d’illustrations, l’écriture qui depuis
deux ans ressurgit elle aussi, la peinture serait un mouvement, l’expression
complémentaire d’une logique. Une logique totale, jubilatoire,
qui révèlerait le « Oups, désolé !
Moi, c’est aussi ça ! » de ses envies variées.
Frank G. Richard |