Eléonore
de Montesquiou et Romana Schmalisch se sont intéressées à des
usines à Moscou qui mêlent activité
industrielle (production de papier) et artistique. A partir de films
documentaires et d’images, elles questionnent l’idée
même de la représentation de ces usines, de leur histoire,
de leurs productions et de leur reconversion. Entre cinéma
et production, Eléonore de Montesquiou et Romana Schmalisch
s’interrogent sur la transformation de ces lieux
industriels en lieux culturels pour répondre à un climat
de désorganisation économique actuelle.
Cette exposition se déroule en deux parties.
La première, Film/Fabrik (Film/Usine) rapproche dans un même
titre la production cinématographique et industrielle.
Film/Fabrik questionne le film comme élément de documentation
de l’usine et la mise en fiction de la production et
de l’histoire. Au départ, ce sont des films qui ont été tournés
dans l’usine de papier "October“ à Moscou où se
côtoient
aujourd’hui la production de papier gommé et la production
artistique – spectacles et expositions de “Proekt Fabrika“.
La seconde, Film/Symboles met en valeur le symbolisme de et dans l’histoire
du cinéma soviétique - le logo et symbole
de la société de production Mosfilm - ainsi que l’utilisation
du cinéma dans la création du sentiment de la grande
et
fraternelle Union Soviétique - le cinéma circulaire du
VDNH de Moscou ainsi que l’expérience du Ciné-train
de A.
Medvedkine, par exemple.
Une performance de Romana Schmalisch “Mobile cinéma” donne à revivre
le temps d’une soirée cette idée du
présentateur-colporteur d’images et de son. On s’interroge
ici sur l’utilisation des images dans le cinéma, images
d’archives, sons, autant d’histoires d’un autre temps.
For Example, Fabrika, 2010 (35 min, couleur, russe)
Ce film d’Eléonore de Montesquiou repose sur des images
prises dans des usines, sur leur survie ou leur disparition
dans le climat économique perturbé actuel. A travers
les exemples de Kreenholm – une fabrique de textile en Estonie
–
et October Paper Factory à Moscou, ces deux artistes soulèvent
la question de la représentation de l’usine, des
images d’archives, des discours et de la place de ces usines
dans l’économie actuelle.
Kreenholm, 2009 (noir & blanc, russe)
partie 1: La fabrication (25 min)
partie 2: Les dernières unités (15 min)
partie 3: Une conversation avec Oleg Klushin (30 min)
Ce film d’Eléonore de Montesquiou raconte l'histoire
de l’usine de textile Kreenholm, située à la
frontière de l'Estonie
et la Russie à travers les souvenirs d'une vieille femme,
Dora. Elle se rappelle comment l'histoire de sa famille se
confond avec celle du tissu, et des générations qui
y ont travaillé. Kreenholm était un exemple unique
de l'organisation
industrielle au 19ème siècle. Les dernières
décennies de la vie de cette usine reflètent l'évolution
actuelle de
l'industrie textile de la technocratie de stratégie de marque
et de marketing. Délocalisation, restructuration et
mondialisation sont tous aujourd'hui bien connus dans cette région
et ont provoqué un désastre économique - en
particulier pour les villes de Narva et Ivangorod. Ce film alterne
entre des images actuelles et d’archives historiques.
L’entretien avec Oleg Klushin, directeur de fabrication dans
les années 80 et la participation d’Ekaterina Moskalenko
expliquent comment le lent déclin de l’usine de Kreenholm
reflète le changement de philosophie de la production du
textile.
Recitanto, 2010 (36 min)
Le film "Recitando" réalisé par Romana Schmalisch
avec Robert Schlicht, est issu de la rencontre entre des travailleurs
de l'usine de papier "October" à Moscou et deux
cinéastes étrangers. Entre documentaire et fiction,
ce film
expérimente et combine les modes liés aux techniques
de représentation du théâtre et du cinéma
afin d’investir les
modèles de construction cinématographique.
Le travail de fabrication du papier tel qu’il apparaît
dans les images de ce documentaire n’est en fait qu’une
mise en
scène des travailleurs, l'usine ne produisant rien à ce
moment - et c’est par cette non-production que les travailleurs
deviennent les acteurs de leur propre rôle dans le film. Et
en même temps, les travailleurs racontent et tentent de
comprendre les répercussions sur leur situation actuelle – être
filmé plutôt que de produire du papier – par le
biais de
récitations lyriques et deux chansons, déclamés à la
manière des ?Lehrstücke? de Brecht. Les différences
existantes
habituellement entre le documentaire et la fiction, entre une réalité "prise
sur le vif" et un scénario joué, sont ainsi
détournées et déconstruites.
Aussi, le film est sans cesse interrompu par des intertitres extraits
du cinéma soviétique de la fin des années 20
- e. g., à
propos du documentarisme à la Dziga Vertov et Esfir Shub, à propos
de la reconstitution de la Révolution d’Octobre
de Sergueï Eisenstein dix ans après l'évènement
et de son accueil mitigé, et de la relation entre les images
et le texte -
é
voquant alors la dissonance entre les débuts du cinéma
d’avant-garde et les modes cinématographiques actuels,
notamment sur la question aléatoire de celui qui parle. Les
deux cinéastes ne peuvent provenir que d'un autre pays,
mais également d'une autre époque.
Par conséquent, le film expérimente différents
modèles cinématographiques. Au lieu de prétendre
présenter quelque
chose qui pourrait être considéré comme un film
terminé, ce film tente de créer des fissures dans la
texture
cinématographique comme des espaces de réflexion sur
les différents modes filmiques, sur les corrélations
de
l'histoire du cinéma et sur la notion de représentation
et de réalité.
Recitando" a été réalisé dans l'usine
de papier de Moscou "October" (anciennement "Red October"),
fondée en 1924.
Une des plus grandes usines de papier de Moscou pendant l'époque
soviétique où le personnel encore présent
aujourd’hui n’en produit presque plus. Certaines parties
de ce complexe industriel ont été transformées
et sont
devenues un espace artistique appelé PROEKT_FABRIKA, où le
film a été projeté pour la première fois
en janvier
2010.
Real Estate Avantgarde, 2010 (5:20 min., couleur, anglais et russe
sous-titré en anglais)
"
Real Estate Avantgarde " de Romana Schmalisch est une bande
annonce fictive pour la promotion d’un projet
d'investissement immobilier à Saint-Pétersbourg. L'investisseur,
Igor Burdinsky, a acheté l'ancienne usine de textile "Red
Banner", un chef-d'oeuvre de l'architecture avant-gardiste,
et cherche maintenant des partenaires pour réaliser un bien
culturel et/ou un centre d'affaires. Bien que l'investisseur s'appuie
sur le pouvoir symbolique de ce bâtiment, le film
prend, à son tour, une stratégie commerciale.
|