Souvenirs de la vie moderne"
>Fabrice Gygi, Vincent Lamouroux, Philippe Decrauzat,
John M Armleder, Alain Bublex, Mark Lewis, Jens Haanings
"Souvenirs de la vie moderne" : sous cette formule, il
est question de rassembler aux Abattoirs plusieurs artistes qui puisent
encore l'essentiel de leurs arguments visuels dans l'esthétique
moderniste. Ironie du décor, jeu des références,
virtuosité formelle, histoire de l'exposition, cette polygraphie
laisse entendre que s'il y a encore du Beau aujourd'hui, c'est au
titre du souvenir.
John M Armleder
Né en 1948 à Genève, vit entre New York et Genève.
Dialogue sur les murs entre John Armleder et les collections publiques
de la ville de Toulouse.
Figure majeure de la scène suisse et artiste internationalement
reconnu, John Michael Armleder fonde en 1969 le groupe Ecart, proche
de l'esprit Fluxus, et se fait ensuite remarquer pour ses "Furnitures
Sculptures" associant objets de mobilier et peintures. Investissant
tous les médiums, ne se réduisant à aucun style
et critiquant même la notion de style, son oeuvre polymorphe
interroge l'abstraction, l'idée d'oeuvre, la notion d'auteur
et les contradictions de la modernité.
"Dans le monde actuel de l'exposition, un musée qui
ne met pas en perspective les possibilités qu'offre la contextualisation
des oeuvres est un musée qui s'asphyxie. Or John M Armleder
a continûment réinventé la manière d'exposer
son travail et celui des autres. Son spectre est très large,
il peut travailler au plus grand de la saturation et au pire de la
raréfaction.
On va donc organiser un dialogue avec lui dans les
parties latérales
des Abattoirs. Il s'agit de demander à un artiste de regarder
les ressources de la ville en matière de collections publiques,
et de les donner à voir autrement : pour introduire une crise
dans le musée même, une crise de sa représentation
et de sa manière de se représenter l'art. De ce point
de vue, l'artiste a une légitimité plus grande que
le commissaire ou le directeur de musée.
On espère ainsi donner un avant-goût de ce que pourrait être
une circulation créative des collections". Christian
Bernard
Fabrice
Gygi
Né en 1965, vit à Genève.
"Winch, Fliessband et stars system", 2008
C'est dans la violence et la terreur sécuritaire du monde
contemporain que cette haute figure de la scène suisse trouve
l'essentiel de ses formes critiques, sculptures, performances, gravures
ou installations. Tribunaux, tentes, aires de jeu, barrières
anti-émeutes, instruments de torture, grillages interrogent
les mécanismes de l'autorité et placent le spectateur
dans une situation ambiguë : "Chaque citoyen(ne) est une
figure autoritaire potentielle, puisque sa position est toujours
contiguë et perméable au pouvoir".
Fabrice Gygi représentera la Suisse à la prochaine
Biennale de Venise.
"Quand j'ai visité le lieu, cet énorme couloir
central des Abattoirs qui amène à la fosse, je me suis
dit qu'il fallait l'occuper dans la longueur. Je ne me suis pas renseigné pour
savoir s'il s'agissait vraiment ici d'anciens abattoirs, je prends
juste les choses au pied de la lettre, et donc j'ai imaginé cette
machine dure, une sorte de hachoir qui irait jusqu'à remplir
la fosse. Avec des tapis roulants pour amener les cadavres, parce
qu'il y a dans les abattoirs l'idée d'une mort en masse, d'une
mort industrielle. Et donc je l'ai dessinée comme ça,
avec des dents, des tapis. Si tu tombes dedans, c'est le poids de
ton corps qui l'actionne. Et tu sors de là mal en point".
Vincent Lamouroux
Né en 1974 à Saint-Germain-en-Laye, vit à Paris.
"Air right #01", 2008. Sculptures flottantes, bulles remplies
d'hélium.
Entre science-fiction et quantique physique, l'artiste
Vincent Lamouroux oeuvre notamment à une conception ouverte de la sculpture, élargie
au champ entier de l'espace. À l'exemple de "Scape" (2005-2006),
sa fameuse rampe de flipper qui traversait tout l'espace du Mamco
de Genève et plus tard du Palais de Tokyo. L'art virtuose
de mettre en apesanteur la notion de "sculpture monumentale".
«Cuius est solum, ejus est usque ad caelum et ad inferos" (celui à qui
appartient la terre la possède depuis son centre jusqu'au
ciel).
Philippe
Decrauzat
Né en 1974 à Lausanne, où il vit.
"Canal de Mangue, Rio de Janeiro"
Sur toile ou wall-over, en installations et avec
sculptures, la peinture de Philippe Decrauzat élabore de complexes compositions
visuelles avec une gamme de couleurs assez limitée, privilégiant
le noir et blanc. Pas un hasard si son oeuvre se nourrit d'influences
très diverses, où le psychédélique se
conjugue au minimalisme conceptuel, où l'Op art fait bon ménage
avec le cinéma expérimental. Bandes, lignes, plans,
aplats, tout est bon pour faire vibrer la surface et sortir l'oeil
de ses perceptions ordinaires.
"Lentilles prismatiques, perception du relief, image stéréo.
Canal en perspective, reflets des palmiers sur la surface de l'eau
démultiplications du motif et rythmique lumineuse".
Alain Bublex
Né en 1961, vit entre Paris et Lyon.
Module d'exposition dans le hall des Abattoirs.
À l'image de Glooscap, cette ville imaginaire dont il relate
et documente l'évolution sur plus d'un siècle, Alain
Bublex déploie depuis le début des années 90
un art certain du récit. Quand bien même ses divers
chantiers prennent les formes descriptives de la photographie ou
celles momentanément arrêtées du paysage. Une
contre-manière de préférer sans cesse l'activité en
cours au produit fini de l'oeuvre. De maintenir une fiction d'activité,
et l'activité d'une fiction.
Alain Bublex s'est vu confier la construction d'un
module d'exposition présent à l'année dans
le hall des Abattoirs. Une time capsule qui rassemblera de la documentation
visuelle sur
les expositions en cours et permettra d'anticiper sur la prochaine
session du Printemps.
Mark Lewis
Né en 1957 à Hamilton au Canada, vit à Londres.
Chaque dimanche à 18h à l'Auditorium.
L'artiste canadien Mark Lewis oeuvre depuis des années à un
retraitement du cinéma : à la manière d'un anatomiste,
il en dissèque dans ses propres films, souvent de format court,
les éléments constitutifs, retravaille les figures
emblématiques du travelling, du figurant ou du générique.
Il propose ainsi au spectateur un exercice de décodage, une
expérience étrange de déjà-vu, et recompose
aussi sa propre idée, éclatée, d'un "cinéma
permanent".
"Je ne suis pas sûr que l'art permette d'accomplir quoi
que ce soit d'extérieur à sa propre logique et à ses
règles. Et cela signifie actuellement pour moi que j'essaie
d'apporter quelque chose de ma relation quotidienne à la vie
moderne dans des formes filmiques et photographiques, afin de mieux
comprendre et mieux apprécier tout à la fois l'image
et ma vie de tous les jours."
Jens Haaning
Vit et travaille à Copenhague, au Danemark.
Ma'lesh
Jens Haaning a participé à de très nombreuses
expositions partout dans le monde et notamment à la Documenta
de Kassel (11e édition) et à la Biennale de Sidney.
Une exposition monographique de son travail a été organisée
début 2007 par l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne.
Dans sa forme, et par l'échelle utilisée, Ma'lesh ressemble
aux peintures murales publicaitaires d'autrefois ou à une
enseigne d'entreprise. Ma'lesh signifie "tant pis", "c'est
pas grave", "peu importe" - une expression d'origine égyptienne
pouvant s'employer aussi bien pour dire pardon que pour sous-entendre
une certaine rancoeur.
Comme toujours dans le travail de Haaning, le message
délivré reste
indéterminé, en suspend. La peinture murale renvoie
le spectateur à l'idée qu'il se fait de cette notion, à des
associations personnelles. Est-ce que le mot dit quelque chose, véhicule
une idée précise, ou est-ce qu'il est une surface de
projection ?
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