Anders forever
Il y a plus de trente ans déjà. « Le café Lehmitz » avait
alors révolutionné le petit monde de la photographie.
Les jeunes photographes dont j’étais, prisonniers
des carcans du plein cadre et autres vieilles habitudes, se sont sentis
comme libérés par ce formidable travail où soudain
il semblait que l’on
puisse tout photographier, pour peu qu’on y mette du coeur et
qu’on respecte les « photographiés ». Ce petit
livre jauni ne m’a jamais quitté.
J’admirais le travail d’Anders sans le connaître
ce fut chose faite en 2005.
C’était un dimanche matin. Début mai, à Saint-Etienne,
où nous travaillions à une exposition commune. Une belle
couche de neige fraîche avait profité de la nuit pour envahir la ville devenue silencieuse et étonnament
déserte. Nous étions fatigués, très fatigués
Anders et moi, à force de ne pas économiser
nos forces, de nous coucher à pas d’heure, de boire un
peu trop peut-être et de refaire le monde chaque soir avec nos
rencontres du jour…Anders me
proposa alors de marcher jusqu’au cimetière qui était
loin et haut perché. Je n’en pouvais plus et je l’ai
laissé partir seul. Il en revint avec une formidable
photo-hommage au maître Stromhölm (une chrorégraphie
de petits pas, les siens, au milieu des tombes blanchies…) .
Et je compris plus tard en voyant
cette image sublime, la différence entre la passion, ma passion,
et la folie, sa folie pour la photographie. Ce fut une belle leçon….
Quand il est venu à Sète, par deux fois à l’invitation
de l’association Cétavoir, Anders n’a pas non plus
ménagé sa peine. Dehors du matin au soir, il a
vite pris la mesure de son terrain d’action. Plongeant dans son
travail avec le même enthousiasme, à la recherche de la
lumière et de la rencontre qui
feront ce cocktail “trash-romantique” qu’il aime
tant. Des personnages et des lieux qu’il emmène aux frontières
de ce que nous devinons, pour des images âpres mais pas dures.
Et, au final une série haute en contraste
qui respire le sud, le parler haut et les fausses engueulades pour
une Sète vivante.
Skoll my friend….
Gilles Favier/ Photographe, Association CétàVOIR
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