L’exposition « Wagon Train to the
Stars » à la galerie Anton Weller présente deux
installations, l’une de l’artiste écossais Douglas
Gordon, et l’autre de l’artiste Carmela
Uranga. Ainsi démarre un cycle d’expositions dans lequel
l’oeuvre d’un artiste confirmé trouve son prolongement dans la réflexion et le travail d’un
artiste de la galerie, réalisé in situ,
créant ainsi un dialogue entre deux univers. L’artiste
argentino-écossaise, Carmela Uranga se
prête au jeu de cette première fois. Comme elle l’a
souhaité, le titre de l’exposition, « Wagon
Train to the Stars », fait référence au titre initial
choisi par l’auteur Gene Roddenbury pour la
fameuse série américaine « Star Trek ». C’est
cette série qui a servi à Douglas Gordon pour
réaliser sa vidéo, « Predictable Incident in Unfamiliar
Surroundings » projetée dans cette
exposition.
Pour de nombreux artistes de cette génération, le cinéma
et la télévision occupent une place
prépondérante dans leur imaginaire. Ainsi la fiche technique
de la dernière installation de
Carmela Uranga, « Train-bearer », se lit comme une liste
d’accessoires de cinéma, pour la
construction d‘un plateau de tournage de film burlesque, (balustrades,
train électrique,
fontaine, vaisselle, lit brûlé…) où le positionnement
des éléments, avec des juxtapositions
surprenantes et des jeux d’échelles nous rappellent le
trucage cinématographique. Une sorte
de main courante d’une rampe sans escalier est soutenue dans
l’espace par quelques
balustrades improbables et instables. Un train électrique traverse
cette rampe avec hésitationà la manière d’un trapéziste et les rails serpentent
le squelette d’un lit brûlé en fer forgé.
L’artiste nous introduit dans un univers déstructuré où chaque élément
de son installation
placé dans chaque partie de la galerie ressemble à un
décor.
Douglas Gordon, en prise totalement avec le réel télévisuel
et cinématographique, filme de sa
propre télévision en buvant de la bière, (ou en
nous le laissant supposer), des épisodes de la
série américaine, populaire et familière, « Star
Trek ». En sélectionnant dans cette série les
rares scènes de baisers, et en manipulant l’image, (césures,
ralentissements, agrandissements,
traitement en boucle, etc.), il transforme le Capitaine Kirk, symbole
du héros positif
américain, en un agresseur-séducteur dont la violence
et le désir provoquent un phénomène
d’attraction-répulsion. Le spectateur voit son attention
déplacée, l’action passe au second plan
devant la structure interne des images, construisant d’autres
comportements culturels et
moraux: les scènes de baisers inoffensives destinées
au grand public changent de registre
lorsqu’elles sont retraitées par l’artiste.
L’installation de Carmela Uranga, occupant tout l’espace
de la galerie devant la projection
vidéo de Douglas Gordon devient, non sans humour, comme un prolongement
des scènes
dans lesquelles évoluent ses héros télévisuels
; comme si les objets utilisés par Uranga et leur
installation dans la galerie rentraient à leur tour dans les
paysages fantastiques de la vidéo.
De la même façon, l’homme et la femme présentés
par Gordon dans l’univers adolescent de la
science-fiction sont représentés volontairement avec
dérision chez Carmela Uranga par les
clichés habituels et autres archétypes des univers féminin
et masculin : modélisme ferroviaire
pour l’homme avec ses paysages, ses gares, et ses ponts, et toute
la panoplie ménagère pour
la femme : vaisselle, lit, produit de nettoyage qui rappelle sa condition
domestique. Au-delà
de l’érotisme un peu désuet évoqué par
Douglas Gordon dans sa vidéo, c’est finalement
l’humour et la légèreté qui donne le ton à cette
confrontation.
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