Il faut savoir reconnaître dans cette infinité de
rectangles noirs sur fond blanc imaginée par le compositeur-plasticien
Ryoji Ikeda le visage de l’humain. Ces successions de pleins
et de vides sont une transcription graphique des codes génétiques
d’hommes et de femmes qu’il nous faut considérer à défaut
de savoir les lire.
Parce qu’il est placé aux avant-postes du temps technologique,
le Japon, auquel nous consacrons cette année une partie de notre
programme, polit aujourd’hui des miroirs où nous nous
reconnaîtrons demain. Ils ne sont déformants qu’en
apparence.
Si cette image de l’homme défie le sens commun –tout
comme la rotation de la terre autour du soleil le défiait
en son temps – elle n’en est pas moins vraie.
«
Ce que nous voyons n’est pas le code de ce que nous ne voyons
pas, ce qui est à voir est très exactement ce que nous
voyons, ce que nous pouvons voir », écrit François
Tanguy dont nous accueillons le nouveau spectacle.
Il nous appartient, dans notre domaine, d’accompagner cette
autre révolution copernicienne et d’offrir au regard
les conditions d’un plus grand dessillement.
Lorsqu’en 1972, Michel Guy créait ce Festival, il souhaitait
rendre sensible l’espace qui nous sépare du reste du
monde, pour mieux l’inviter à venir jusqu’à nous.
Trente-sept années plus tard, avec et sans nous, le monde
a brûlé ses routes mais le chemin qui nous sépare
de l’homme, « ce gouffre au-dessus duquel on ne peut
se pencher sans vertige », reste toujours aussi long et difficile à parcourir.
À nos portes, l’Europe est devenue plus surprenante, échiquier
que l’on croyait connaître et dont les voix ne cessent,
dans le même temps, de revendiquer de nouvelles indépendances
et de faire partie d’un même jeu.
Carrés noirs sur fond blanc à nouveau.
L’Europe conviée par le Festival au long de ces dernières
décennies a toujours exploré ses plus grandes frontières
qui vont « de l’Atlantique à l’Oural ». À l’occasion
de la présidence française de l’Union, le Festival
a souhaité réaffirmer cet engagement européen.
Forte de cinquante propositions, manifestations de référence
ou spectacles de jeunes équipes, cette 37e édition
poursuit les missions fondatrices : cosmopolitisme, rencontre des
disciplines et innovation, avec la volonté de s’adresser
au plus vaste public.
C’est grâce à la confiance renouvelée du
Ministère de la culture et de la communication, de la Ville
de Paris, de la Région Île-de-France et de ses mécènes,
que le Festival peut poursuivre son action en faveur de la création
et des échanges internationaux.
Nous remercions aussi tout particulièrement le Land de Rhénanie
du Nord-Westphalie pour son soutien au programme musical.
Pierre Richard : Président du Festival d’Automne à Paris
et Alain Crombecque : Directeur général
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