Lewis Baltz, Patrice Carré, Pascal Convert,
Richard Deacon, Marcel Dinahet, Thomas Huber, Pascal Pinaud / Fonds
vidéo : Fischli & Weiss
Depuis Léonard de Vinci on sait que l'art peut être
intimement lié aux sciences et techniques.
Les œuvres présentées au Centre International
d'Art Contemporain de Pont-Aven par le Frac Bretagne mêlent
allègrement divers matériaux et méthodes, avec
un même sens de la créativité et de l'observation.
Par ailleurs, inventions et découvertes ont toujours eu partie
liée et ces artistes se font tout à la fois chercheurs
et explorateurs, laissant libre cours à la curiosité sans
perdre de vue qu'une invention peut aussi être synonyme de
fable ou de mensonge.
Patrice Carré excelle dans la transformation des apparences
et la relecture du monde. Suite patatoïde, ainsi que l'un des
dessins préparatoires à la Suite patatoïde, sont
des élaborations d'espaces poétiques, révélant
un véritable plaisir à construire et assembler. Richard
Deacon revendique "un travail de fabrication au double sens
où, en anglais, les fabricators sont aussi des menteurs qui
racontent des histoires et font des fictions." The Back of My
Hand est un bel exemple d'assemblages et d'associations de matériaux,
sculpture intermédiaire entre le monde intérieur et
la réalité.
Avec Panorama, Thomas Huber invente une ville imaginaire
nommée "Huberville" et établit
une relation entre peinture, théâtre et architecture.
Le travail important sur la perspective et les différents
plans est celui d'un illusionniste s'interrogeant sur le rôle
de l'image et ses multiples interprétations. C'est aussi une
manière de trompe-l'œil que nous donne à voir
Lewis Baltz avec l'œuvre intitulée Mitsubishi, photographie
d'une chambre de test pour téléphones de voitures.
Image de la haute technologie mais aussi du contrôle et du
pouvoir exercé par et sur l'homme. L'artiste transforme un
cube métallique gris en une salle somptueuse que l'on pourrait
imaginer dorée à l'or fin. Leurre rendu possible grâce,
en partie, au matériel performant de l'artiste. Le travail
de Pascal Convert est une articulation permanente entre espace intime
et espace public, une tentative pour faire la part du mensonge et
de la vérité, une résistance à la société du
spectacle au profit des traces d'abandon. Il lutte contre la disparition
des corps et des choses. Ainsi, Rose de la Villa Belle Rose, motif
ornemental prélevé sur une villa en ruine, est l'œuvre
d'un archéologue autant que d'un artiste. Pascal Pinaud, quant à lui,
est un explorateur de la couleur, celle qui provient du domaine industriel,
telle la peinture pour voiture utilisée pour Rover contre
Twingo, ou bien celle d'objets manufacturés comme les bobines
de fil constituant le Moulin à prières. En sortant
la couleur de son contexte, en déplaçant son atelier
chez un carrossier ou chez un ébéniste, il choisit
l'ouverture sur le monde. Sculpteur de formation, Marcel Dinahet
a élu comme champ de découvertes le littoral et les
sites sous-marins. Son installation vidéo Latitude nord 48°21'
Longitude ouest 2°53' est une œuvre charnière. L'idée
du matériau et de son rapport au paysage incite l'artiste à immerger
ses sculptures, puis à les filmer sous l'eau, obligeant le
spectateur à repenser les notions de frontières, à considérer
le littoral comme une sorte d'interface entre le monde de la civilisation
et le milieu marin.
Nul doute que ces œuvres soient déroutantes dans le
sens où elles nous entraînent hors des chemins battus,
tout comme les inventions nous obligent à abandonner quelques
préjugés. Rappelons que Julien de Médicis s'écria à propos
de Léonard de Vinci : "Mais cet homme ne sait qu'imaginer,
il est incapable de créer."
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