Fanny
Adler & Vincent Madame, Atelier Bow-Wow, Nina Beier & Marie
Lund, Katinka Bock, Simon Boudvin & Vincent Ganivet, François
Chaignaud, Guillaume Constantin, Julio Cortázar & Dora
García & Loreto Martinez Troncoso, Das Dingbât,
Fanny de Chaillé, Jean-Charles de Quillacq, Jochen Dehn,
Florent Delval, Michael Eric Dietrich, Driessens & Verstappen,
Chloé Dugit-Gros, Dario Escobar, FormContent, Ryan Gander,
Yves-Noël Genod, Dominique Gilliot, Daniel Gustav Cramer & Haris
Epaminonda, Jeune Fille Orrible, Patrick Killoran, Jirí Kovanda,
Seulgi Lee, Nicolas Mémain & Denis Moreau, Ivana Müller,
Roman Ondak, Carole Perdereau, Philippe Quesne, Paul Ramírez
Jonas, Dan Rees, Seconds couteaux, Bertrand Segers & Matthieu
Garcia Lamolla, Yann Sérandour, Virginie Thomas, Guido van
der Werve, Adrien Vescovi, Annie Vigier & Franck Apertet (les
gens d'Uterpan), W, Raphaël Zarka
Un projet conçu par Mélanie Bouteloup et Grégory
Castéra
En référence au film de Jacques Tati et en écho à la
nouvelle Zac (zone d'aménagement concerté) Paris Rive
Gauche dans le 13e arrondissement, le projet Playtime, présente
des objets et des actions d'artistes questionnant l'usage que l'on
fait d'un lieu, pris entre contraintes et liberté.
“Ce qu’il s’agit d’interroger,
c’est la brique, le béton, le verre, nos manières
de table, nos ustensiles, nos outils, nos emplois du temps, nos rythmes.”
Georges Perec, L’infra-ordinaire, ed. Seuil, 1989
Le projet Playtime
emprunte son titre au film dans lequel Jacques Tati fait d'une
ville un terrain de jeu et révèle avec
humour la marche, planifiée et absurde, de la modernité.
Tativille - surnom donné aux décors du film - c'est à quoi
ressemble le site en question de la nouvelle ZAC Paris Rive Gauche
dans le 13ème arrondissement, et plus précisément
le quartier Masséna Nord dans lequel est implanté Bétonsalon.
Ce quartier croît et s'habite avec ses utopies : la reconversion
d'une ancienne friche industrielle, des « ilots ouverts » c'est-à-dire
un rassemblement de bâtiments autonomes selon l'idée
de l'architecte coordinateur Christian de Portzamparc, « l'université dans
la ville » où le savoir se mélangerait avec les
activités urbaines... Le journaliste Frédéric
Edelmann écrit dans Le Monde en date du dimanche 23 mars 2008
: « Le costume architectural [vu comme une collection de bâtiments]
est si présent qu'on le prendrait lui aussi pour un élément
du décor, mais il faut entrer dans son jeu pour comprendre
comment, derrière cette apparence complexe, s'organisent les
volumes et des circulations ». Explorer la mise en œuvre
de la planification urbaine du quartier c'est découvrir un
chantier : quadrillage d'allées ne menant nulle part, rues
sans nom, jardin en friche, affiches de simulations virtuelles du
futur quartier... Playtime questionne cet espace, pour en révéler
le « reste » selon le mot de Perec, ce qui ne se remarque
pas, soit « du temps des gens des voitures et des nuages »*.
Dans Playtime,
il est question d'usages, un terme entendu ici comme la manière d'agir dans un contexte régi par des codes
(règles, aménagements, discours...) qui modifient et
organisent nos interprétations et nos actions. La répétition
quotidienne de ces actions modifie ou confirme nos interprétations
de ce contexte. L'usage est le fruit des habitudes, de répétitions
quotidiennes qui restent encore, pour des usagers du quartier, liées à la
fonctionnalité des aménagements : mouvements pendulaires
des salariés et des étudiants (métro / lieu
de travail / métro), horaires d'ouverture et de fermeture
des commerces...
On entend souvent la formule « le quartier manque de vie ».
Cette remarque pourrait être traduite par une carence dans
le potentiel fictionnel du quartier, c'est à dire un manque
dans les possibles interprétations qui pourraient en être
faites. Playtime entend proposer des déplacements au sein
d'usages quotidiens et entendus : comment les usages que l'on fait
d'un contexte déterminent-ils notre liberté d'agir
dans celui-ci ? Quelles fictions admet le plan d'aménagement
de la ZAC Paris Rive Gauche ? S'il est question d'émancipation,
c'est en jouant des contrats qui organisent la manière de
regarder une œuvre, de suivre un spectacle, de faire une fête
ou de rencontrer une personne inconnue. Les pièces présentées
dans Playtime composent un socle à ces fictions potentielles,
un point de départ dans l'invention des usages par chacun.
Playtime propose d'explorer les interactions sociales à l'œuvre
dans le quartier au moyen d'une exposition d'objets et d'actions
; proposés par des artistes issus des arts visuels, du théâtre,
de l'architecture, de la danse... L'agencement des propositions pourrait
produire des situations composées d'acteurs, d'accessoires
et de décors. Les œuvres pourraient être des règles
du jeu, des partitions, des didascalies ou bien encore des objets
trouvés, témoins ou messagers. Entre performance et
exposition, qu'elles aient lieu à des horaires définis à l'avance
ou qu'elles soient montrées sur demande, ce sont les processus
de monstration et la parole échangée qui seront au
cœur de Playtime.
Il est donc
question de temps de jeu/time to play, c'est à dire
de parenthèses au quotidien, organisées selon certaines
règles, plus ou moins opérantes. Une exposition qui
s'écrit (comment cela va-t-il se construire), autant qu'elle
s'efface (dans son caractère éphémère).
Mélanie Bouteloup, Grégory Castéra
et Sara Martinetti
*Georges Perec,
Tentative d’épuisement d’un
lieu parisien, 1975.
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