Les
trois dernières éditions du
Printemps de Septembre à Toulouse ont permis au festival d'engager
une mutation importante, de passer un cap et d'affirmer une nouvelle
identité. Ce qui a eu pour conséquence de développer
son audience locale, nationale mais aussi internationale. L'augmentation
constante de la fréquentation pour atteindre près de
140 000 visiteurs en 2006 sur trois semaines atteste, s'il en était
encore besoin, de l'attente considérable du public, plus précisément
ici de tous les publics, envers la création contemporaine
au coeur de la Cité.
Mais
derrière les chiffres, il s'agit d'un phénomène
culturel et sociétal important. S'il a toujours été au
centre du festival dès ses origines, ce phénomène
représente plus que jamais un potentiel d'énergie,
de désir et d'envie considérable, qui motive autant
sa raison d'être que ses développements futurs.
C'est
pourquoi le Printemps de Septembre a opéré une
double révolution. Tout d'abord en comprenant la nécessité de
déployer et d'ouvrir, au-delà de la problématique
de l'image, le champ des possibles afin de rester disponible, attentif
et réactif aux évolutions les plus sensibles de l'art
comme du monde contemporain.
C'est
justement en réunissant des artistes de toutes les
disciplines, issus des horizons esthétiques les plus divers, à l'intérieur
comme à l'extérieur des lieux habituels de présentation,
que ce festival a pu élargir l'espace et la réception
de la création contemporaine. En particulier quand les expositions
sont associées aux programmes des Nocturnes et des Soirées
Nomades dont les concepts ont largement été repris
depuis en France comme à l'étranger.
C'est
aussi dans cette logique que la notion traditionnelle de commissariat
a été repensée en confiant la direction artistique
des trois dernières éditions à un artiste, Jean-Marc
Bustamante. Associé à plusieurs commissaires et critiques,
l'artiste commissaire (ou le commissaire artiste) a impulsé une évolution
importante en positionnant l'acte artistique et le fait plastique,
ainsi que l'idée même de collaboration multidirectionnelle,
au coeur de la manifestation.
L'exposition
Hamsterwheel , conçue par Franz West, Urs Fischer
et quelques amis artistes, eux-mêmes associés à d'autres
compétences (commissaires, écrivains, philosophes,
etc.), vient à point nommé prolonger et préciser
cette nouvelle orientation prise par le Printemps de Septembre depuis
2004. Initialement présentée à l'Arsenal pour
la 52e Biennale de Venise, cette partition inédite sera rejouée
dans le réfectoire des Jacobins, au centre du festival avant
d'être reprise à Barcelone à l'automne au centre
d'art contemporain Santa Monica.
Hamsterwheel
est une véritable aventure où les artistes
se sont cooptés les uns les autres et où les commissaires
réagissent, critiquent et commentent. L'important ici est
le processus de l'échange, de la rencontre, même fortuite,
et non la construction d'un signifiant a priori. Le sens surgit pendant,
ou après, un peu à la manière d'un cadavre exquis
surréaliste. Ce qui représente un renversement de perspective
total et radical au regard des habitus actuels en matière
de présentation d'art contemporain, en particulier dans les
grandes manifestations. Ce qui va aussi au-delà des procédures
multiples et variées de délégation.
Il
n'est pas question toutefois de faire de ce schéma une
nouvelle règle absolue ni même exclusive, mais bien
de reconsidérer et de réinventer l'équation
de l'émergence de l'oeuvre et du sens en redonnant au principe
de créativité l'amplitude la plus grande.
L'esprit
de redistribution, de prospection et d'inventivité qu'incarne
Hamsterwheel sera prolongé à travers la ville de Toulouse
et d'autres lieux (les Abattoirs, le Château d'Eau, la Maison éclusière,
l'Espace EDF Bazacle, la Fondation espace écureuil, l'Espace
Croix-Baragnon), avec une série d'expositions et de projets
offrant un focus sur la très jeune scène artistique
française. Peu connue et pourtant en pleine effervescence,
cette scène émergente relève d'une dynamique
endémique, atypique et inattendue, à l'image d'une
génération très spontanée.
Wheeeeel
, une jeune scène française , veut donc montrer à travers
une sélection d'une trentaine d'artistes quelques-unes des
lignes de force qui traversent actuellement la jeune création
en France. Le paysage qui s'en dessine n'est ni exhaustif ni définitif
mais en pleine reconfiguration. Jamais sans doute la situation n'a été aussi
ouverte, variée, éclatée, divergente, décomplexée.
Comme libérée des esthétiques dominantes au
profit d'une nouvelle biodiversité artistique qui, semble-t-il,
ne demande qu'à être vue et reçue à l'extérieur.
Il y a indéniablement autre chose qui se joue à travers
l'art, dans le renouvellement nécessaire de notre rapport
au monde. Et c'est sans doute ce qui sous-tend ce dynamisme.
Dans
son ensemble, cette programmation devrait permettre au public comme
aux observateurs nationaux et internationaux de
prendre acte
des passionnantes mutations que connaît la scène artistique
actuelle, aussi bien française qu'internationale, et avec
elle le festival.
C'est bien le moins que l'on peut attendre du Printemps de Septembre.
Marie-Thérèse
Perrin
Présidente de l'association du Printemps de Septembre et
Directrice du festival
Expositions
Les Jacobins
Reinhard Bernsteiner
Songül Boyraz et Peter Höll
Philippe Bradshaw
Jean-Marc Bustamante
Urs Fischer
Olivier Garbay
Gelitin
Douglas Gordon
Heiri Häfliger
Rachel Harrison
Sarah Lucas
Bernhard Martin
Mel O'Callaghan
Antonio Ortega
Paola Pivi
Rudolf Polanszky
Ugo Rondinone
Tamuna Sirbiladze
Una Szeemann
Piotr Uklanski
Marc Vives Muñoz et David Bestué Guarch
Franz West
Toby Ziegler
Les Abattoirs - Salles hautes
Emmanuelle Castellan
Les frères Chapuisat
Sophie Dubosc
Sarah Fauguet et David Cousinard
Julien Laforge
Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize
Camila Oliveira Fairclough
Nicolas Tourre
Maya Schweizer et Clemens von Wedemeyer
Les Abattoirs - Salles basses
Daniel Dewar et Grégory Gicquel
Armand Jalut
Emmanuel Lagarrigue
Myriam Mechita
Stéphane Thidet
Espace EDF Bazacle
Katinka Bock
Valère Costes
Maison éclusière
Vincent Mauger
Katharina Ziemke
Château d'eau
Mathilde Rosier
Fondation espace écureuil
Elise Florenty
Rémy Jacquier
Espace Croix-Baragnon
Mujesira Elezovic
Lukas Hoffmann
Mathieu Kleyebe Abonnenc
TLT - télétoulouse -
Marianne Plo
Le festival
Avec la multiplication des lieux d'expositions, des
grandes manifestations et le soutien du marché, on a assisté, au cours de
la dernière décennie, à un élargissement
spectaculaire des moyens, des médiums et des modes de production
empruntés par les artistes. Si l'horizon conceptuel était
déjà depuis bien longtemps dégagé, il
semblerait que cette étonnante diversité des formes
et des formats soit une donnée plus récente qui caractérise
la création contemporaine.
En sept ans, au fil de plus de 300 projets d'artistes
présentés à Toulouse,
le Printemps de Septembre, soucieux de rester au plus près
des questions suscitées par le mouvement incessant de l'art
en train de se faire, s'est donc naturellement adapté à ces
développements. Historiquement ancré dans la photographie — et
fort de l'expérience des dix années passées à Cahors —,
le festival a pu s'appuyer sur une connaissance approfondie de l'image
pour devenir le point de rencontre des arts visuels et du spectacle
vivant, des jeunes artistes comme des figures historiques de la création.
Désormais ouvert à toutes les formes de l'art, il
est comme une page blanche offerte chaque année aux commissaires
en charge de la programmation et dont la mission peut se résumer
simplement à la création libre d'une proposition originale
et cohérente.
Bien que fondé sur la logique d'un projet de long terme,
le Printemps de Septembre emprunte son mode de fonctionnement à celui
du laboratoire, dont l'objet est de créer, à chaque
nouvelle proposition, un prototype.
Cette flexibilité est cependant garantie par le développement
et la stabilité d'une structure. C'est d'une part une équipe
qui s'étoffe progressivement et s'organise maintenant entre
les bureaux de Paris et de Toulouse et, d'autre part, un ensemble
d'acteurs, institutions publiques, mécènes et partenaires
dont le soutien est la première condition d'existence du festival.
Il faut également souligner ici l'importance des différents
sites qui constituent le parcours du festival et qui lui donnent
sa couleur et son unité : parfois inattendus pour des artistes
souvent habitués au “white cube” du musée,
ils sont, pour eux, à la fois une gageure et un émerveillement.
Enfin, c'est aujourd'hui une image affirmée auprès
du public, de la presse et des acteurs internationaux de l'art contemporain.
Ce bref bilan des “actifs immatériels” permet
de saisir ce qui constitue le patrimoine du festival,ce savoir-faire
acquis au fil des ans.
Marie-Thérèse Perrin
Présidente de l'association du Printemps de Septembre et
Directrice du festival
|