"WHITE LIGHT WRITE IT" présente
des oeuvres de Robert Barry, Peter Downsbroug, Lawrence Weiner, Boris
Achour, Claire Fontaine, Babeth Rambault et de la Galerie de Multiples.
L’art est une affaire de « langage », en témoigne
l’exposition "WHITE LIGHT WRITE IT" conçue
en 3 parties confrontant tour à tour artistes majeurs de l’art
contemporain et jeunes artistes :
« HERE/NOW », présente des oeuvres vidéo
de la collection "Import" des Maîtres de Formes Contemporain,
distribué par les Presses du Réel (Peter DOWNSBROUGH,
Lawrence WEINER et Robert BARRY).
Dans un second temps, « LA THÉORIE ONDULANTE » réunit
de jeunes artistes français, présentant des pièces
récentes du collectif Claire FONTAINE, de Boris ACHOUR et
de Babeth RAMBAULT.
Pour sa seconde exposition, Lieu-Commun invite la «GALERIE
DE MULTIPLES», créée en novembre 2002 par Gilles
Drouault et Mathieu Mercier, proposant une sélection de multiples
(Peter Downsbrough, Piero Gilardi, Philippe Decrauzat, Franck Scurti,
Philippe Cazal, Claude Closky, Bruno Peinado, Jean Dupuy, Alain Séchas,
Jean-Luc Vilmouth, John Giorno, Jérôme Porret, Olivier
Babin, Saâdane Affif, Robert Barry, Anne-Marie Jugnet et Alain
Clairet, Claude Lévêque).
"WHITE LIGHT WRITE IT" est une exposition à trois
entrées, prenant pour origine des oeuvres d'artistes fondateurs
de l'art conceptuel, Robert Barry, Peter Downsbrough et Laurence
Wiener, représentés ici par 4 vidéos créés
pour la collection Import des Maîtres de Forme Contemporains,
dirigée par Michèle Didier. Ce versant historique,
abordé par le biais d’oeuvres récentes et atypiques
de ces 3 artistes, est ici contrebalancé par la Théorie
Ondulante, une proposition faites à 3 jeunes artistes français
: Boris Achour, le Collectif Claire Fontaine et Babeth Rambault,
a investir l'espace Lieu-Commun de pièces récentes
ayant en commun leur rapport au langage. Pour Boris Achour et Claire
Fontaine, les mots deviennent formes. Chez Boris Achour, un jeu de
disproportion se joue entre l'oeuvre et son titre. Ses sculptures
mobiles et fragiles, en suspend, bien plus discrètes que leurs
titres, accrochés aux murs et les lettres qui les composent
faites de différents matériaux, relèvent bien
plus de l'enseigne que du cartel. Il en ressort une impression de
joie de faire, une jubilation de la fabrication, ou trouvaille plastique
et jeux des signifiants s'entrechoquent dans un bonheur au parfum
cosmogonique puissant.
Pour Claire Fontaine, duo Anglo-italien installé à Paris,
la partie s'ancre dans des formes plus agressives, ici les mots se
présentent sous la forme d’enseignes au statut équivoque.
Le mot "STRIKE" en lettres de néon domestique ne
s'éclaire que lorsque les spectateurs quittent la salle. "TO
HELL I DELVE" est constitué de lettrages dorés,
déposés au sol et appuyés contre le mur, provenant
d'une enseigne d'hôtel de ville. Cette ambivalence entre le
sens et la forme, désamorce l'aspect militant perceptible
au premier abord au sein de l’oeuvre. Ici l'objectif subversif
est immédiatement désamorcé par l'impuissance
intrinsèque de la proposition plastique. L'art ne revêt
pas ses atours prétentieux, dont l'objectif serait de bouleverser
le monde, mais révèle les limites de son incidence.
Toutefois ce cadre volontairement sclérosé semble définir
une conscience artistique pragmatique aigue, où l'illusion
fantasmatique de la portée de l'art ne fait pas foi. C’est
précisément au spectateur de prendre conscience par
ce biais de l’existence de possibles modes de résistance
au monde. Babeth Rambault, quant à elle, semble au premier
abord mettre en place un travail fait de bégaiements telle
une anomalie du langage. Les mots sont absents, mais les formes bavardes.
Les objets manipulés sont ici convoqués telle une horde
de Chevaux de Troie pour s’installer en nous et révéler
nos angoisses existentielles. Si, dans un premier temps, les objets
hybrides qu’elle nous présente, tels ces deux candélabres
muraux avec leurs deux bougies composées de cérumen,
paraissent anodins, ceux-ci ne peuvent en définitive que rendre
perplexe et gêner le spectateur. D'une première lecture
anodine ancrée dans notre quotidien, le glissement vers un
nouveau mode d’appréhension apparaît bien vite.
C'est autour de ce système de va et vient, entre les sculptures
de Boris Achour au bord de la rupture, rehaussées de leur
titre imposant, les enseignes aux incantations impuissantes de Claire
Fontaine et les objets à l'arrière goût acide
de Babeth Rambault, que la "La théorie Ondulante" se
fait fluctuante pour mieux s'enraciner dans une époque où les
certitudes s'évaporent face à l'aridité libérale
de notre réel.
Mais "WHITE LIGHT WRITE IT" ne s'achève pas ici,
la carte blanche donnée à la Galerie de Multiples dirigée
par Gilles Drouault et Mathieu Mercier, permet de présenter
un mode de création (Le Multiple), peut-être plus en
phase avec les réalités de la production contemporaine.
Dans le même temps, le rapport à la circulation et la
distribution de l'oeuvre d’art se trouve ici abordé dans
ses aspects plus « réalistes ». En effet, le multiple
est accessible, le multiple est ‘démultiplié’,
celui-ci a le don d'ubiquité tout en échappant à l’attrait
(parfois quasi divin) de l'œuvre unique. Les oeuvres présentées
ici ont été choisies, soit pour leur appartenance à l'art
conceptuel, soit pour leurs rapports étroits avec l'écriture
et le langage.
Lieu-Commun avec "WHITE LIGHT WRITE IT" présente
une vision du langage envisagé sous l’angle de la création
plastique, où le goût des mots se forme au bout de la
langue. Encore faut-il avoir la présence d'esprit de se lécher
le cerveau. Du parlé à l'écrit ou au montré,
la langue, nos langues sont notre rapport à l'autre, un de
nos points de contact. L'universalité est-elle dans la souche
commune de toutes nos langues ou la compréhension innée
de nos regards croisés. Passer du flash (white light) de deux étrangers
qui se comprennent dans l'immédiateté de leur rencontre, à la
transmission écrite de celle-ci (write it).
"WHITE LIGHT / WRITE IT", mêle oeuvres éditées,
pièces uniques et spécifiques soulignant ainsi la polyphonie
de ce que peut être le langage artistique aujourd'hui, et la
diversité des liens qu'il peut tisser avec ses regardeurs.
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