Deux ans après « Fabriques du sublime »,
La Galerie, Centre d'art contemporain de Noisyle-
Sec, invite à nouveau Evariste Richer pour l'accompagner cette
fois dans sa première
exposition personnelle en France.
Celle-ci, dont les oeuvres ont toutes été produites spécialement
pour l'occasion, se présente
sur un mode moléculaire – les oeuvres s'enchaînant
les unes aux autres par association
visuelle ou sémantique. Intitulée « La Rétine » en
référence à la préciosité de l'organe
de
vision, l'exposition convoque l'art comme acte de percevoir.
À
travers une mise en abîme des mécanismes de perception,
l'exposition est conçue comme
une série d'expériences rétiniennes mettant en
parallèle différents phénomènes de troubles
de la vision et la manière dont nous appréhendons le
monde.
Pour une part, celle-ci poursuit l'approche alchimique d'un monde vu
sous l'angle de ses
composants climatiques, géologiques et cosmiques qui caractérise
depuis une dizaine
d'années les travaux d'Evariste Richer, dans lesquels abstraction
et retenue formelle vont de
pair avec sublimation. Ce processus est catalysé dans l'oeuvre
la plus petite de l'exposition :
Le lingot mort, un étalon-or de cinquante grammes d'or dans
lequel l'artiste a fondu un plomb
de chasse. Le désir d'alchimie du plomb en or est ici inversé,
pour renvoyer à l'altération
entropique que provoquerait une tâche à l'oeil. Procédant
de cette même approche, la série
des équivalents, affiches publicitaires au format 4 par 3 retournées
pour devenir un nuancier
infini de gris et de bleu, laisse ici place à une transfiguration
du réel.
Un retournement de l'espace d'exposition vers le monde extérieur
est également à l'oeuvre
dans la présentation d' Une ville contemporaine, panorama dessiné selon
le procédé de
l'anaglyphe. La ville apparaît par mirage dans une illusion d'optique épousant
en courbe
l'architecture de La Galerie pour l'inscrire dans une ligne d'horizon
imaginaire. De même,
offrant par infra-mince au visiteur de nouveaux points de fuite sur
le contexte urbain
immédiat, les sculptures Ellipse et Eclipse – deux grands
réflecteurs de cinéma or et argent,
conçus sur mesure et placés face aux fenêtres de
La Galerie – génèrent un double effet
visuel entre intérieur et extérieur de l'espace d'exposition,
tout en s'inspirant de phénomènes
d'éblouissement cosmique. Leur réversibilité et
leur forme renvoient à une autre oeuvre de
l'exposition : Pôle Nord et Pôle Sud, deux vinyles blancs,
vierges de toute gravure, fixés
chacun au mur par un aimant légèrement décalé par
rapport à son axe central, jouant ainsi
de la distance entre pôle magnétique et pôle physique.
Cette sensation de repère mouvant est au coeur de la peinture
Slow Snow, quadrillage noir
sur blanc, qui, tout en reprenant la grille du test optique d'Hermann,
sublime l'abstraction
géométrique en vibrations scopiques. Le motif de la grille
se retrouve dans Papier millimétré,
une feuille A4 dont la fine trame bleue a été reproduite
manuellement. Rejoignant les travaux
précédents de l'artiste sur les étalons-mesure,
cet ensemble d'oeuvres interroge notre
perception même en posant l'hypothèse d'une imperfection
au regard des codes de
référence. Enfin, élargissant au champ du langage
la réflexion sur la dualité récurrente dans
l'exposition, un film met en scène un perroquet gris du Gabon
sur son perchoir dans un
studio d'enregistrement, face à un micro. Les réactions
de l'animal désorienté déterminent
les mouvements de caméra, plaçant le spectateur dans
une situation d'attente, à l'affût d'un
possible dédoublement dans lequel il pourrait basculer.
Repères
biographiques sur l'artiste
Evariste Richer est né à Montpellier en 1969. Il vit
et travaille à Paris.
Evariste Richer est diplômé de l'École nationale
des beaux-arts de Grenoble (1992) et de l'École
nationale d'art de Cergy-Pontoise (1994).
Son travail a été présenté dans de nombreuses
expositions collectives dont « Uchronies et autres
fictions », FRAC Lorraine, Metz (2006) ; « Premier jour » à Irmaveplab,
lieu de création contemporaine,
Châtillon-sur-Marne (2006) et récemment « Feu la
sonde » à la galerie Martine et Thibault de la Châtre
et « L'Île de Morel » au Centre Photographique d'Île-de-France à Pontault
Combault.
Du 14 novembre au 5 décembre 2007, il présentera une
exposition à Point Éphémère où il
est
actuellement en résidence.
Il développe également un projet d'investigation sur
Chandigarh en Inde.
Autour
de l'exposition…
Rencontre
avec Evariste Richer et visite de l'exposition par Marianne Lanavère,
directrice>
Dimanche 16 septembre de 14 h 30 à 16 h, à La Galerie
Discussion entre Evariste Richer et un historien de l'art spécialiste
de la perception optique
>
Samedi 13 octobre de 18 h à 19 h 30, à La Galerie
Catalogue
À
l'occasion de cette exposition, un catalogue monographique bilingue
français/anglais est édité pour
la première fois sur le travail d'Evariste Richer. Il présentera
de manière exhaustive l'ensemble des
oeuvres réalisées par l'artiste ces dernières
années. Parution : décembre 2007 |