La plasticienne
Kaarina Kaikkonen (née
en 1952) est sortie diplômée au début des années
1980 de la section peinture de l’École de l’académie
des beaux-arts de Finlande. Malgré cette orientation initiale,
elle est depuis déjà un certain temps célèbre
pour ses grandes installations et œuvres d’art in situ,
qu’elle crée entre autres à partir de vieilles
vestes d’homme, chemises et chaussures, ou de papier hygiénique.
Son passé d’artiste peintre transparaît cependant
dans certaines de ses œuvres.
Son art est depuis longtemps
apprécié des connaisseurs
finlandais. Ses créations in situ, souvent de grandes dimensions
et composées de vestons achetés aux puces, ont été très
remarquées, y compris au plus tard à partir de l’été 2000
par le grand public, lorsque Kaikkonen, avec l’aide d’assistants, à installé sur
l’escalier monumental menant à la cathédrale
de Helsinki – lieu central et prestigieux de la ville – une œuvre
constituée de près de trois mille vestes de couleurs
différentes.
Cette réalisation spectaculaire, intitulée Tie (« Chemin »),
a suscité un vif intérêt. De loin, on aurait
dit une immense peinture aux teintes sobres, s’élevant
le long des marches en s’éclaircissant nettement vers
le haut. Chacun la voyait à sa façon. Certains l’ont
trouvée irritante, d’autres émouvante, et elle
a fait l’objet de nombreux commentaires dans le courrier des
lecteurs de la presse.
À l’instar des vieux vestons, Kaikkonen trouve souvent
les matériaux de ses créations aux puces ou dans des
stocks de vêtements d’occasion. Il peut aussi arriver
que des personnes participant à la construction de ses œuvres
lui fassent cadeau d’effets usagés. C’est par
exemple ce qui s’est passé au Japon, où Kaikkonen
a été invitée à la Triennale d’art
contemporain d’Echigo-Tsumari, au cours de l’été 2006.
Les habitants du village ont alors participé à l’installation
de son œuvre, qui donnait ainsi corps à leurs histoires
et à leurs souvenirs.
Les vêtements des villageois ont servi à construire
un pont de 200 mètres de long, Like a Bridge Over Troubled
Water, qui, partant d’un parking urbanisé, s’élevait
vers le sommet d’une montagne. Avec de vieux kimonos pour point
culminant, l’œuvre se présentait comme un arc-en-ciel
coloré, porteur d’espoir et de joie. On peut aussi,
dans une démarche conceptuelle, tenter de déceler dans
la production de Kaikkonen de la féminité et de la
masculinité, de la beauté et de la laideur. Le féminin
et le masculin, surtout, sont tentants si l’on pense à la
biographie de l’artiste.
Les vestons noirs ont
un lien inconscient avec son père,
qu’elle a vu mourir quand elle était enfant. Bien qu’issu
d’une simple famille paysanne du Nord du Savo, ce père
s’habillait toujours en complet sombre et chemise blanche,
même pour aller à la pêche ou aux champs. Au début
des années 2000, la mort de sa mère, déjà âgée,
a comme libéré l’esthétique jusque-là rugueuse
et sévère de l’artiste, qui a adopté comme
matériaux les chaussures de cette femme éprise de féminité,
aux côtés d’emprunts à ses produits de
beauté, accessoires de maquillage, shampoings, détergents,
ustensiles de ménage, talons aiguilles et bijoux.
Kaikkonen a ainsi utilisé des escarpins, démontés
et disséqués, pour réaliser, entre autres, un
grand relief, Yön kuningatar (« La reine de la nuit »),
qui se déploie sur un mur tel un monde fantasmagorique peuplé de
plantes ou d’insectes aux formes extraordinaires.
Marja-Terttu Kivirinta, critique d’art et rédactrice
culturelle au Helsingin Sanomat
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