Nelly
Maurel joue avec les mots, mais pas uniquement. En effet, plus
qu’un divertissement, cette touche à tout
affronte les différents sens qu’ils cachent, pour les
utiliser en totale liberté. Cette émancipation se retrouve également
dans le dessin où les associations d’idées se
poursuivent bien au delà de la limite de la feuille puisqu’elles
envahissent l’esprit de celle ou de celui qui le regarde. D’une
réflexion à sens unique on débouche sur une
multitude d’interprétations, sorte de forêt impénétrable,
ou du moins réclamant un fil d’Ariane pour rejoindre
un semblant de lumière. Nelly Maurel spécule ainsi
sur la langue dont quelquefois le mot désigne à la
fois une chose et son contraire. En proposant différents modes
de représentation, cette méthode d’ailleurs non
dénuée de poésie rappelle à certains
ou enseigne à d’autres qu’une communication entre
deux êtres est avant tout : au mieux, l’échange
de deux points de vue, au pire, l’affrontement de deux univers.
Dans « Un verbe en commun, scènes conjugales » (Editions
Al Dante, collection « Mauvais rapprochements »), Nelly
Maurel propose des combinaisons de phrases délivrant sens
propre et figuré comme par exemple « Elle traverse la
brume, il s’occupe des enfants, la brume et les enfants se
dissipent », témoignage direct d’un humour à l’épreuve
des balles. Avec les pictogrammes, l’artiste enfonce un autre
clou dans le mur maintenant zébré de nos certitudes.
Cette représentation graphique schématique employée
communément dans un monde rationalisé à l’extrême
traduit ici des états psychologiques ou des comportements
privés d’image. Encore une fois, le rail salutaire de
la pensée est malmené, l’évidence perd
son caractère et les dogmes tombent comme feuilles en hiver.
Cette disposition d’esprit ouvre des perspectives nouvelles
pour qui veut seulement s’en donner la peine. Observatrice
et manipulatrice d’un monde qui laisse croire que le hasard
n’a plus sa place, Nelly Maurel introduit des variables de
sens authentiques et précieuses. Les mots pèsent alors
de tout leur poids et - oserions-nous écrire - vont dans tous
les sens, du moins ceux que l’on est susceptible de leur offrir.
Jean-Christophe Vila / Source http://www.yaquoi.com/Nelly-Maurel-Entre-pleins-et,6663
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