Les visiteurs et les amateurs qui
fréquentent
la galerie connaissent bien l'œuvre de Vera Molnar, une œuvre
qu'on a pu qualifier de géométrique (parce qu'elle
met en jeu des éléments picturaux qui semblent à première
vue extrêmement simples : la ligne, le carré, la couleur
pure…), ou de "minimaliste à la française" (parce
que ce minimalisme n’est pas exempt de spiritualité et
peut s’inscrire dans une grande tradition décorative
sinon ornementale).
Dans l'exposition présentée à l'automne 2007 à la
galerie Oniris, de nombreuses œuvres, datées de 1961 à aujourd’hui,
font référence à Malevitch : : « M, comme
Malevitch », « De la série M, comme Malevitch », « Icône
aux lettres M », « 4 M »… On peut donc y
voir un hommage à l’artiste dont le « Carré noir » et
le « Carré blanc », au début du XX° siècle,
ont révolutionné l'approche de l'art en lui demandant
d'être désormais non la reproduction des formes de la
nature mais le témoignage d'une "création pure",
totalement libérée de toute représentation.
Dans les œuvres de Vera Molnar, le « M » s’inscrit
le plus souvent dans un carré, ou dans un rectangle ; mais
la découpe fait également apparaître un triangle,
dont le contour dessine la lettre « V ». Ces œuvres,
qui sont donc à première vue un jeu sur l’initiale
du nom de Malevitch, sont en même temps un jeu sur les initiales
de Vera Molnar ! Malevitch, Mondrian avaient déjà transformé leur
signature pour qu'elle ne perturbe pas le tableau ; Vera Molnar construit
le tableau sur les lettres qui constituent sa signature !
En jouant sur l'association ou la dissociation du
V et du M - une lettre reste fixe, l'autre peut se déplacer , - sur l'apparence
des lettres - une lettre peut tourner sur elle-même, s'élargir
au point de devenir un autre signe…, - Vera Molnar reste fidèle
au carré, tout en s'en libérant !
Les permutations, les rotations du sens des lettres,
de l’épaisseur
du trait, engendrent en effet des mutations totales de formes, de
rapports entre couleurs : dans la série « 4M »,
les dix variations nous font passer d’un tableau noir à lettres
blanches à un tableau gris foncé à inscriptions
noires, les lignes blanches traçant le « M »,
envahissant en quelque sorte l’ensemble de la surface pour
réapparaître « en creux » sur les bords
!
Dans « M comme Malevitch », « Trames/c »…,
le pivotement régulier de la lettre inscrite dans un carré suffit à faire
apparaître un jeu de méandres, dans une image qui nous
semble aléatoire.
Dans « Tête-Bêche » (collage, 1961), ou
dans « Une forme ou deux x 2 », un léger espacement
des figures suffit à révéler des formes nouvelles.
On remarquera d'ailleurs que la datation de certaines œuvres
peut sembler problématique : « 4 M » est daté :
69 - 06. Il s'agit en fait d'un tableau de 1969 refait en 2006. Pour être "mieux
fait" nous dit Vera Molnar. En réalité, le tableau
initial en a généré un nouveau ; parfois avec
des modifications, parfois apparemment sans modification. Mais dans
tous les cas, le tableau initial a généré quelque
chose de nouveau, le sujet a été repris, un nouveau
voyage s'est effectué.
On notera d'ailleurs que les couleurs peuvent être très
variées, diverses : les « monochromes » de Vera
Molnar ne sont pas un refus de la couleur, mais, au contraire, son
exaltation.
L’art de Vera Molnar repose sur une ambiguïté permanente,
un "double jeu", constitutif de sa démarche (comme
de celle d'une bonne partie de l'art dit "construit") :
l'artiste se situe en dehors de toute volonté "impressionniste" ou "expressionniste",
elle recourt à la géométrie, à la rigueur,
mais elle nous propose en fait une œuvre à la fois hasardeuse
et poétique
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