« Jacques Villeglé entreprend à Paris,
dès 1949, en compagnie de son ami Raymond
Hains, une série de décollages d’affiches, lesquelles
ne seront exposées qu’en 1957
chez Colette Allendy.
Cependant, très vite, l’artiste a établi une manière
de typologie de ces tableaux tout
faits, abîmés par le climat, déchirés par
les passants, avant que d’être prélevés par
lui à même la peau des murs. Cette typologie, qui va bien
sûr se développer au fil des
années, pourrait être comparée à la classification
inventée par Linné, affinée au fur
et à mesure des éditions successives de ses Systèmes
de la Nature. Pour Jacques
Villeglé, dans le règne de l’affiche, les embranchements,
classes, ordres et familles
se sont mis à proliférer : Lettre lacérée
; sans lettres, sans figures ; avec lettres ou
fragments de mots, objets ou personnages lacérés ; affiches
de peintres ; transparences
; politiques ; dripping et graffiti ; petits formats divers, etc.
Le cycle dit de la Lettre Lacérée désigne un ensemble
d’affiches décollées privilégiant,
quant au résultat de la lacération, l’émergence
de leur seule composante
typographique. La lettre en question, rendue illisible à force
de mauvais traitements,
y a atteint une dimension abstraite. »*
Pour la cinquième exposition que nous consacrons à la «saga» du
Lacéré Anonyme,
nous explorons cette année le thème de la Lettre Lacérée.
Mots (en 1999) reflétait déjà le goût de
Villeglé pour l’écriture et son graphisme,
Images (2001) était indéniablement l’un des thèmes
les plus représentatifs des paysages
urbains traversés par l’artiste au cours des cinquante
dernières années, Sans
lettres, sans figures (2003) se montrait l’exposition la plus
proche de la Peinture
Abstraite au sens classique du terme, et enfin Politiques ravivait
tous les grands
débats de l’histoire politique française, sans
parti pris aucun.
La Lettre Lacérée, quant à elle, est certainement
la série la plus célèbre de l’artiste.«
La Lettre lacérée. Le caractère typographique
y pullule tellement que son entremêlement
nous introduit par sa presque disparition vibratoire dans le domaine
de l’heureusement
illisible, de l’insaisissable mallarméen. Ce sont à l’origine
les affiches des
cinémas de quartier d’avant la crise, les affiches de
théâtre ou de concert provenant
des anciennes colonnes Morris ou du métro.»*
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