Les évolutions récentes du travail
de Sylvain Polony ont permis l’élaboration de cette
série présentée à la galerie Defrost.
Spécifique dans sa production, autonome et unitaire, cette
suite de pièces marque un positionnement nouveau : réflexion
sur le tableau-objet, filiation plus affirmée avec un univers
pop, questionnement sur la profondeur picturale… Ces différents
thèmes, pour certains déjà présents dans
les travaux antérieurs, prennent ici tout leur sens.
Montées sur des châssis de couleur, les plaques d’aluminium
laqué ne sont désormais plus seulement une surface,
mais un objet en volume, mono-matériaux. Les différentes
sections des profilés utilisés permettent des variations
de profondeur de ces « tableaux-objet ». Traités
en séries, ceux-ci induisent également un accrochage
proche de l’installation.
L’esthétique très contrastée, rythmée,
utilisant une alternance de couleurs primaires et de couleurs au
contraire plus sophistiquées, est évidemment liée
au monde du design et de l’industrie.
Si la référence aux carrosseries de voitures, tôles
et autres surfaces métalliques peintes a toujours habité le
travail de l’artiste, le traitement systématique des
passages de peinture questionne ici la production en série
et sa capacité à provoquer une émotion esthétique.
La profondeur du tableau, son aptitude à « happer le
regard », se matérialisent dans sa peinture par un jeu
de « devant-derrière », une volonté d´affirmer
le processus de réalisation tout en cultivant l'ambiguïté sur
l´ordre des passages, des superpositions, qui est ici poussée à son
paroxysme. Bien sûr, la référence aux techniques
d´impressions offset, à la sérigraphie, à la
photographie même, est évidente. L’alternance
des bandes de couleur, tout en permettant au regard de naviguer d’une
couleur à l’autre, d’un plan à l’autre,
ne rompt jamais l’unité du tableau dont la nature reste
sujette à caution : surface peinte ou imprimée ?
La qualité réfléchissante des laques glycéro
employées, ainsi que la lumière émanant du support
en aluminium, ajoutent aussi au mystère.
La surface peinte, miroitante, joue sur l´illusion et le reflet
de la profondeur de notre monde réel. Cet effet de miroir,
au delà de la séduction, implique une relative difficulté à pénétrer
le tableau. Ainsi, l´image qui semble vouloir nous captiver
nous rejette dans le même mouvement, nous renvoyant notre propre
reflet. Elle exprime alors une certaine distance ironique, un doute
sur le statut de la peinture.
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