Statik
Dancin' de Stéphane Dafflon
A
l’intérieur du hangar G2, l’artiste a disposé aux
murs des tableaux dont les motifs révèlent des parallélogrammes
inclinés, des cercles et des carrés aux angles arrondis,
peints avec des couleurs primaires. La palette graphique semble
extraite du logiciel Illustrator, les formes étant ramenées à la
surface par les couleurs comme pour les livres de coloriage. Selon
Jeff Rian, ces jeux optiques sont là pour « stimuler
la mémoire des formes ». Ils ne sont pourtant pas
aussi stables et conventionnels ; ils sont pour ainsi dire « altérés »,
Stéphane Dafflon leur faisant subir des déformations
(les carrés aux angles arrondis ne sont ni tout à fait
des carrés, ni tout à fait des ronds).
Alors même que ces signes pourraient évoquer de loin des
objets bien réels, des hublots d’avion ou des écrans
télévisés, ils s’affichent sans slogan.
Ce qui contredit toutefois que les œuvres de Dafflon soient de
nulle part, bien au contraire : elles s’enracinent dans une
histoire qui tient de sa lecture des logos industriels, des peintures
chromatiques
de Ad Reinhardt, des toiles monochromes de Olivier Mosset et du mobilier
design tel
qu’il a été traité par John Armleder.
L’exposition fonctionne comme un faux décor en permanence.
Ses tableaux et ses sculptures structurent l’espace autant
qu’ils le déforment : la peinture murale, au fond de
la nef du hangar, investit le mur dans sa totalité et semble
repousser les limites tangibles du bâtiment. Les sculptures
en cercle, placées au centre de l’exposition, démultiplient
l’espace en faisant glisser notre regard sur les parois d’acier
en miroir incurvés. La forme aérodynamique de ces objets
crée à la fois une explosion et une implosion au cœur
de l’exposition, à l’image d’un cratère
futuriste. Alors que tout semble statique et silencieux, le jeu entre
les sculptures et les tableaux, aux motifs dérivés
des modèles du postmodernisme, crée un champd’investigation
qui relève d’une perception presque comportementale.
L’exposition devient acoustique, une invitation au mouvement
imperturbable ou à la stabilité au risque d’un
bouton « moteur ».
Biographie
Stéphane Dafflon, né en 1972 et résidant en
Suisse, est diplômé de l’Ecole cantonale d’Art
de Lausanne, et professeur à l’Ecole cantonale d’Art
de Lausanne depuis 2001. Il est le lauréat du prix de la Fondation
Irène Reymond en 2001, d’une bourse de la Fondation
Leenaards en 1999 et a reçu le Eidgenössischer
Preis
für freie Kunst en 1999. Il est représenté par
la Galerie Air de Paris à Paris, la Galerie Francesca Pia, à Berne
et Jan Winkelmann à Berlin.
Site
de Stéphane Dafflon :
www.stephanedafflon.com
Cette
exposition bénéficie du soutien
de la Fondation Pro Helvetia.
Elle
est accompagnée d'un catalogue en coédition entre
quatre institutions françaises dédiées à l’art
contemporain : La Salle de Bains à Lyon, La Synagogue de Delme,
Le Spot au Havre et le Frac Aquitaine (Les Presses du réel,
2007)
Florence
Doléac
: Floating Minds
Floating
Minds est une installation invitant le visiteur à une
expérience sensorielle « comico-soporifique ».
Cet espace, dédié à une forme de lâcher
prise individuelle au sein d’un collectif, mixe stimulations
physique, visuelle et sonore ; il est constitué de cinq matelas
en forme de gros boudins, reliés comme des flotteurs et posés
directement à terre. Le sol est saupoudré d’un
mélange de particules minérales et synthétiques qui tamise le son et réfléchit la lumière filtrée
en multiples petits réflecteurs. Un marchand de sable, pop,
a dû passer. À contempler et à expérimenter,
l’installation invite le visiteur à s’allonger
et à faire corps avec le dispositif et/ou à le regarder.
Passant ainsi d’une perception visuelle à la perception
tactile puis sonore, il peut s’abandonner, le sourire aux lèvres,
le temps d’écouter la boucle musicale (composée
par Frontal). Son état, ainsi légèrement modifié,
se verra flotter et rejoindre une sorte de bulle mentale collective,
qui pourrait
bien être le colmatage des autres bulles libérées
; une sorte de transmission d’émotions théâtralisée
ou manifeste du vivre séparément-ensemble, provoquée
par une expérience douce de léger décalage à un
moment où l’on ne s’y attend pas ». Florence
Doléac se positionne dans un espace interstitiel, entre art
et design, aux frontières de l’un et de l’autre,
en tenant compte d’une certaine porosité. Ses travaux,
s’ils relèvent souvent de la fabrication d’un
objet à usage domestique, prennent le risque du scénario
de l’inutilité. Cette double identité (son champ
d’intervention est pour ainsi dire dédoublé,
démultiplié), lui confère une identité
particulière. Doléac se joue des tensions entre la
production et l’exposition, avec des réponses pleines
d’humour et de bon sens, et n’en finit pas de questionner
la fonction et son pendant : la contemplation d’un espace potentiel,
livré à l’oisiveté.
Cette exposition monographique fait l'objet d'une
coproduction entre Zébra3-Buy-Sellf, la galerie Philippe
Jousse (Paris) et le Frac Aquitaine.
Biographie
Florence Doléac, née en 1968, est artiste et designer.
Diplômée de L’Ecole en 1994, elle cofonde en 1997
la société du groupe RADI DESIGNERS avec Laurent Massaloux,
Robert Stadler et Olivier Sidet. Depuis 2003, Florence Doléac
poursuit ses projets en solo et enseigne à l’ENSAD (Ecole
Nationale des Arts Décoratifs à Paris) et à l’ECAL
(Ecole cantonale d’Art de Lausanne). Elle est représentée
par la galerie Aline Vidal depuis 2002 et la galerie Jousse depuis
2006. Elle est lauréate de la bourse de recherche Agora (Ministère
de la culture) en 2006. Ses récents projets: Tac tic, exposition
au Mudac (Lausanne, Juin 2006), Intérieur pour animal à deux
pattes, exposition à la Galerie Jousse (Paris, Décembre
2006), Chambre avec vue, création d’une chambre à la
Villa Noailles à Hyères (automne 2007).
Site de Florence Doléac : http://www.doleac.net
Catalogues : Florence Doléac, collection design&designer,
2006. Florence Doléac, collection Infolio / mudac, 2006.
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