Anita Molinero compose une archéologie
de notre quotidien à partir d’objets
qui nous entourent et tout particulièrement d’éléments
en plastique qu’elle
fond et déforme, leur redonnant ainsi une nouvelle présence
esthétique.
Visions oniriques, féeriques ou catastrophiques, ses oeuvres
se réclament
d’une ère « Post Chernobyl », comme l’artiste
aime à le préciser, entre
désenchantement et magie du monde.
Dans le nouvel espace de La BF15, elle réalise un ensemble de
pièces nous
plongeant dans un décor aux accents de science fiction, laissant échapper
les
effluves d’une inquiétante époque.
La force plastique de ses sculptures nous met face à une réalité transfigurée,
une force destructrice sublimée.
Anita Molinero
(…) A notre sens les oeuvres d’Anita Molinero sont leurs
matériaux. Des matériaux
que l’on continue à nommer avec les mots du bord : béton
aggloméré, mousse
polyuréthane, vêtements, ruban adhésif, carton,
banc… hier pouvant servir à se
protéger, s’abriter, s’habiller, se couvrir, se
poser, se reposer, se protéger ; objets
utilitaires de simple rang tels que plaque de polyfoam, filet, container,
palette de bois...
aujourd’hui, pouvant servir à isoler, caler, retenir,
transporter ; ni pauvres, ni riches,
encore que les matériaux soient davantage l’apanage
des pauvres et les objets, la
carte de visite des riches, sauf à considérer spécifiquement
les plus basiques d’entre
eux, recyclés pour des usages de survie.
Sans être autobiographiques à la manière des
matières de Beuys, ils ne sont pas
rebuts portant l’empreinte du temps comme chez Stankiewicz,
ni spectaculairement
présentés comme chez Nancy Rubins. Ils sont « nos
contemporains » au sens d’un
Sacha Guitry ne montrant de Degas que l’image filmée
d’un vieillard sur un boulevard
et que seule la désignation du commentaire tire de son anonymat.
Ces matériaux sont assemblés, tout au moins juxtaposés,
empilés, disons réunis.
Ligaturés, emmaillotés, entravés. Ils sont comme
recroquevillés, comme déliés, sans
pour autant que leur existence ne devienne une énigme. (…)
Quasiment spectaculaires, sous le coup d’un réchauffement
brutal, ses dernières
sculptures, se rappellent bruyamment à nous. Faisant corps,
meurtrissuresà l’appui, après avoir dépasser l’être,
elles se manifestent dans le devenir de leur
environnement : la croûte de crasse des clochards de Duane
Hanson allongés au milieu
des détritus, les incluait dans la gangue urbaine, les boursouflures
et les coulures nées
de la fusion dans les sculptures contemporaines d’Anita Molinero
désignent à tous le
magma comme délocalisation à venir. Leurs couleurs,
de seconde main, simplement
extravagantes, contredisent le nouvel onirisme de design technologique
cherchantà relooker le monde. Elles rappellent ces vêtements qui, distribués
aux plus démunis,
s’apparentent à des accoutrements de mutants à l’apparence
familière.(…)
Xavier Douroux, extraits de "Sans désignation fixe ou
la délocatisation de la sculpture formelle",
dans catalogue Anita Molinero, 2005
|