JH Engström
ne laisse pas de place aux mots (pas un seul texte dans Trying
to Dance ni dans Haunts)
et il exige - et s'impose - que son discours tire sa
cohérence uniquement d'une logique visuelle dans laquelle il
se livre totalement
entre séduction, provocation et indéniable impact.
Haunts est le second volet d'une trilogie qu'il s'applique déjà à terminer,
pour lui
permettre, peut-être, d’aller ailleurs… Comme un
passage obligé, dans Trying to
Dance, Engström a exploré, jusqu’aux limites, la
question de l’autoportrait avec
l’obstination et la recherche approfondie de celui qui veut en évacuer
la question.
La danse comme une ronde infernale, le cercle qui tourne sur lui-même.
Je danse
mais celui en face qui danse pourrait être moi, différent
mais semblable, je danse
parce qu’ils dansent, et cela existe parce que j’existe.
Moi, l’ami en face, l’un
n’existe pas sans l’autre, vertige égocentrique.
Avec Haunts, JH sort du cercle et casse la ronde, violemment, sans
délicatesse
aucune. Dans Trying to dance, avec ses chambres d’hôtel
où le vide gardait
la présence d’égarements, où des feux jaillissaient
au milieu de nulle part, dans
ses paysages tristes de villes oubliées, on pressentait une
suite chaotique plutôt
que sereine.
Tout en revenant parfois sur lui-même avec une triste dérision
et un apitoiement
amusé, JH aborde avec Haunts le monde à l’aune
de sa violence, de sa vulgarité,
sa vanité, sa propre perdition. L’alcool, le sexe triste
et sans tendresse, la fête
jusqu’à n’en plus pouvoir, les gens qui cherchent
le dehors pour échapper à une
solitude qui suinte malgré tout, le quotidien comme un relent
nauséeux de la perte
de repères. Les paysages, urbains ou bucoliques, nous renvoient
au vide et même
semblent nous contempler, nous interroger sur la façon de remplir
ce vide.
Il y a le rythme, saccadé et strident, déstabilisant,
d’une musique qui se place
loin des berceuses scandinaves d’une enfance qui, bien morte,
n’est plus q’un pur
souvenir. Il scande la course, la fuite en avant, de celui qui, désespéré,
semble
enfermé dans un mauvais spectacle, tenaillé par l’envie
d’en sortir et de trouver
au-delà des paysages silencieux une suite au monde qui le hante.
Gilou Le Gruiec
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