Exposition organisée par la Réunion
des musées nationaux, Paris, et le musée des Beaux-Arts
de Montréal, où elle sera présentée du
8 mars au 24 juin 2007.
En partenariat média avec TF1, Europe 1 et Le Journal du Dimanche.
Walt Disney (1901-1966) est certainement l’un des créateurs
les plus originaux du XXe siècle. S’il n’est pas
l’inventeur du dessin animé, il est le premier à lui
donner une audience universelle. La réussite exceptionnelle
de ses productions les range parmi les modèles de la culture
américaine de masse, jusqu’à faire oublier leur
extraordinaire genèse.
Culture populaire et culture savante s’ignorent le plus souvent,
et les liens qui les unissent sont mal étudiés et mal
connus. Les longs métrages d’animation de Walt Disney,
depuis Blanche-Neige et les Sept Nains, en 1937, jusqu’au Livre
de la Jungle, en 1967, sont un des exemples les plus frappants d’influences
réciproques entre ces deux cultures. Dans cet esprit, l’exposition
se propose de rapprocher les dessins originaux des studios Disney
des œuvres et créations de l’art occidental qui
les ont inspirés.
Les origines : « … Et tout a commencé par une
souris ! » (Walt Disney)
Premières sources
En 1928, Walt Disney réalise Steamboat Willie, le premier
court métrage d’animation avec son synchronisé de
l’histoire du cinéma, donnant vie à l’un
des personnages les plus célèbres du siècle,
Mickey, imaginé par Disney et mis en forme par Ub Iwerks (1901-1971).
En 1935, La Fanfare (The Band Concert) met en scène Mickey
pour la première fois en technicolor. Dès lors et tout
au long des années trente, les Oscars saluent régulièrement
la production des studios Disney, jusqu’à la sortie
en 1937 de Blanche-Neige et les Sept Nains. Premier long métrage
d’animation, ce film est un énorme succès international
et marque la naissance d’un genre capable de rivaliser avec
le cinéma hollywoodien.
Walt Disney et les dessinateurs pionniers des studios Disney
Le talent de Walt Disney, qui renonce très tôt à dessiner,
repose sur une intuition artistique infaillible, tant dans le choix
et le rôle de ses collaborateurs que dans celui des sources
littéraires ou artistiques de ses films. Il recrute ainsi
quelques-uns des meilleurs illustrateurs européens émigrés
en Amérique : le Suisse Albert Hurter (1883-1942), le Suédois
Gustaf Tenggren (1886-1970) et le Danois Kay Nielsen (1886-1957).
Formés dans les académies d’art de leurs pays,
ces pionniers ont instillé leur culture dans les premiers
films des studios, notamment Blanche-Neige et les Sept Nains (1937),
Pinocchio (1940) et Fantasia (1940).
Sources littéraires et cinématographiques
Sources littéraires
Les grands classiques de la littérature européenne
ont offert les sujets de nombreux films de Disney, depuis les Fables
d’Esope pour les premiers courts métrages jusqu’au
Livre de la Jungle de Kipling pour le film de 1967, en passant par
Les aventures de Pinocchio de Collodi ou les Contes de Perrault pour
La Belle au Bois Dormant et Cendrillon.
En 1935, Disney séjourne plusieurs semaines en Europe. Venu
pour recevoir une médaille honorifique de la Société des
Nations, il en profite pour ramener en Californie le plus grand nombre
possible de livres illustrés, afin de constituer une réserve
d’images destinée à inspirer la production des
studios. Ce trésor de plus de trois cents ouvrages est toujours
en partie conservé dans l’un des départements
de The Walt Disney Company aux environs de Los Angeles. Les éditions
du XIXe siècle et du début du XXe siècle dominent
largement la sélection, avec les contes des frères
Grimm et de Perrault. Parmi les illustrateurs, J.J. Granville figure
en bonne place, dans des éditions originales, mais aussi Gustave
Doré et des artistes allemands comme Ludwig Richter Moritz
von Schwind et Heinrich Kley. Les Anglais sont représentés
par des éditions d’Alice au Pays des merveilles de Lewis
Carroll et de Peter and Wendy de James M. Barrie, illustrées
par Arthur Rackham ou John Tenniel.
Sources cinématographiques
A ses débuts en 1922, Disney possède quelques rudiments
en animation, puisés dans les ouvrages de Edwin G. Lutz (Animated
Cartoons, 1920) et de Eadweard Muybridge, célèbre photographe
de la fin du XIXe siècle spécialiste de la locomotion
humaine et animale. Il connaît aussi les praxinoscopes du Français
Emile Reynaud, les films d’un autre Français, Emile
Cohl, qui collabora avec le dessinateur Benjamin Rabier, et ceux
du pionnier américain Winsor McCay, qui réalisa en
1909 Little Nemo, puis en 1914 le célèbre et inégalé Gertie
le dinosaure.
Pour Disney, le monde du cinéma est une source inépuisable
d’inspiration. Dès les années trente, l’actualité cinématographique
inspire ses courts métrages, parfois de façon littérale,
comme The Mad Doctor (1933) qui reprend avec humour des scènes
du Frankenstein de James Whale (1931) ou Modern Inventions (1937)
où Donald connaît des mésaventures similaires à celles
de Charlot dans Les Temps modernes (1936). Le cinéma expressionniste
allemand marque de façon plus profonde les premiers longs
métrages de Disney : l’empreinte du Faust de Friedrich
Murnau (1926) est omniprésente dans plusieurs séquences
de Fantasia.
Architecture et paysage
Traité avec un soin extrême, le décor a un rôle
capital dans les films de Disney. La Camera multiplans, caméra
inventée et utilisée par les studios Disney, nécessite
de grands décors panoramiques le long desquels elle peut se
déplacer. Peints à la gouache sur carton, sur verre
ou sur celluloïd pour les premiers plans, ces décors
sont réalisés par des artistes spécialisés.
Les repérages sur le terrain, y compris en Europe, sont fréquents.
Le village de Pinocchio est ainsi directement emprunté à la
cité médiévale de Rothenburg en Bavière.
Le château de La Belle au Bois Dormant est un croisement entre
les enluminures des Très Riches Heures du Duc de Berry, les
dessins de Viollet-le-Duc et les extravagances architecturales des
châteaux de Louis II de Bavière. Les forêts s’inspirent
de la peinture chinoise du XVe siècle, d’estampes japonaises
ou des forêts américaines ou anglaises. Quant aux vues à vol
d’oiseau, elles empruntent aux peintres régionalistes
américains Grant Wood et Thomas Hart Benton. On reconnaît
bien l’influence de paysages de Gaspard Friedrich et de Arnold
Böcklin dans Fantasia, comme celle des primitifs flamands et
italiens dans les décors de La Belle au Bois Dormant.
Anthropomorphisme
Les illustrateurs du XIXe siècle et du début du XXe,
qui ont radicalement renouvelé le thème de l’anthropomorphisme,
ont profondément influencé les studios Disney : Grandville,
Honoré Daumier, Gustave Doré, Benjamin Rabier, l’Allemand
Heinrich Kley, l’Anglaise Beatrix Potter, sont les sources
de nombreux personnages de Disney. Si celui-ci traite le plus souvent
ces animaux anthropomorphisés avec bienveillance, il est des
films où la métamorphose, des arbres notamment, engendre
la répulsion et la terreur, comme dans la scène de
Blanche-Neige et les Sept Nains où l’héroïne
s’enfuit dans la forêt après avoir failli être
assassinée.
Les sources des personnages de Disney
La genèse des personnages suit un processus complexe, au
fil d’innombrables réunions auxquelles Walt Disney participe
activement. Il lui arrive ainsi de fixer les principaux traits de
caractère d’un personnage ainsi que son apparence graphique,
si les propositions des dessinateurs ne le satisfont pas. De ces échanges
et de la combinaison de plusieurs sources, historiques, picturales,
cinématographiques, naissent finalement les principaux personnages,
qui sont ensuite animés à partir de feuilles de modèle,
parfois de prototypes en plâtre.
Mais cette genèse reste délicate à reconstituer
tant les rôles des scénaristes, des dessinateurs et
de Disney lui-même sont imbriqués. A cet égard,
le personnage ambivalent de la Reine-Sorcière dans Blanche-Neige
constitue un bon exemple. Alors que Disney suggère de son
coté que la Reine soit un mélange de Lady Macbeth et
du Grand Méchant Loup, son visage est finalement inspiré par
celui de l’actrice américaine Joan Crawford (1908-1977)
et son apparence générale semble dériver de
la statue-colonne du portail de la cathédrale de Naumberg
(Allemagne). La transformation de la Reine en Sorcière est
empruntée aux différentes versions cinématographiques
de Docteur Jekyll et Mister Hyde. Et la Sorcière elle-même
reprend la tradition iconographique développée par
le XIXe siècle sur ce thème.
Salvador Dali : l’aventure de Destino
Salvador Dali et Walt Disney se vouaient une admiration
réciproque.
On ne sait lequel des deux fit le premier pas : sans doute Disney
proposa-t-il une collaboration à Dali quand celui-ci travaillait à Hollywood,
en 1945, pour le film d’Hitchcock, La Maison du Dr Edwards.
Lorsque la presse américaine connut le projet, elle se gaussa
de la rencontre improbable entre l’univers du « Maître
des montres molles » et celui du « Maître de Mickey
Mouse ». Mais le film, intitulé Destino, ne vit pas
le jour du vivant des deux hommes. Une centaine de dessins et de
peintures subsistent de cette aventure, dont les plus spectaculaires
sont présentés dans l’exposition. Destino fut
finalement achevé en 2003 à partir du travail de Dali,
sous la direction de Roy E. Disney, neveu de Walt.
L’influence de l’univers de Disney sur l’art
contemporain
La production des studios Disney suscite très tôt l’intérêt
des artistes, et d’abord celui du monde du cinéma. Eisenstein
et Prokofiev, alors qu’ils conçoivent Ivan le terrible
(1945), s’intéressent au travail accompli par Disney
et le chef d’orchestre Léopold Stokowski pour Fantasia.
Au milieu des années 60, la popularité de Disney est
immense, universelle. Depuis la sortie de Blanche-Neige en 1937,
plusieurs générations ont été élevées
au rythme de ses films et elles en gardent un souvenir. Avec le Pop
Art, les personnages de Mickey et de Donald gagnent le statut d’icônes.
Comme le résume le peintre français Robert Combas en
1977 : « Mickey n’est plus la propriété de
Walt, il appartient à tout le monde ». Après
avoir largement puisé dans l’art occidental de toutes
les périodes, l’univers de Disney devient à son
tour une source d’inspiration pour des artistes aussi divers
que Christian Boltanski, Bertrand Lavier, Peter Saul, Erró ou
Gary Baseman.
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