Des objets assemblés comme des mariages
impossibles, ou plutôt des parties d'objets désarticulés,
désossés et ré assemblés pour former
des sortes de machines inutiles et mystérieuses : une roue
et une canne à pêche, un accoudoir et des milliers d'allumettes,
des scions et un escabeau... etc. Que veulent dire ces rencontres
d'objets qui n'ont, à priori rien à voir entre eux
? Pourquoi ces assemblages - là et pas d'autres ?
D'abord, je me vois comme un "dessinateur dans l' espace » plus
qu’un sculpteur. Ces cannes à pêche, fragiles et
souples, je les utilise plus pour les lignes qu'elles m'apportent,
avec leur pleins et leurs déliés, que pour l'objet lui
même avec tout ce qu'il évoque. Il en est de même
pour les autres éléments : nasses de pêcheur, pédalier,
manivelle de moulin à café sont avant tout utilisés
pour leur qualité graphique. Ces objets en trois dimensions
sont l'équivalent des traces que je pourrais laisser avec un
pinceau chargé d'encre sur une feuille de papier. En effet,
des lignes se dessinent, se chevauchent. En fermant des espaces, les
cannes créent aussi d'autres formes, d'autres graphismes. Les
fils métalliques tendus créent d'autres lignes plus fines,
parfois à peine visibles qui peuvent évoquer les traits
de construction d'un dessin, d'une ébauche. Pour compléter
la métaphore, beaucoup de mes sculptures comportent peu d'épaisseur
et sont plaquées au mur comme sur une feuille géante.
D'autres sont au sol, il est donc possible de se déplacer, de
tourner autour. C'est alors un peu comme si l'on s'offrait la possibilité de
pénétrer dans la feuille de papier pour découvrir
l'espace vierge et inconnu qui se trouve derrière le trait,
la ligne, la trace graphique.
Ces assemblages, ces "collages" d'objets finissent, même
si ce n'était pas le but initial, par évoquer des ossatures,
des squelettes, des formes animalières, des insectes, et deviennent
des silhouettes allusives. D'ailleurs, les pièces murales, avec
leur apparence légère et fragile, m'ont déjà fait
penser, quand elles sont stockées à l'atelier sur un
seul même mur, à une collection de papillons épinglés
!
Les pièces au sol ont comme socle, en général,
un objet entier ou détourné, mais assez massif. Cependant,
je pense qu'elles conservent un aspect aérien et mobile par
la simple utilisation de la roue ou des objets de transport en général.
En effet, éléments de bicyclettes, landaus, poussettes,
roues de charrue ou de faneuses, caddies... etc, évoquent le
déplacement et le mouvement. Il s'agit presque toujours d'une
impression, d'une mobilité imaginée, car ces éléments
sont fixés au sol. C'est plutôt comme un mouvement arrêté,
une image photographique.
Ces différents objets forment ainsi une sorte de vocabulaire
dans lequel je puise à volonté. Je les articule, les
assemble, les oppose, et c'est ensemble qu'ils prennent du sens. Qu'on
les reconnaisse ne me pose pas de problème, car ils ne sont
pas niés dans leur fonction originelle. Simplement, tout en évoquant
leur quotidien, ils s'en échappent au travers de ces associations.
La poussette d'enfant aux barres inversées prolongées
par des scions n'en est plus tout à fait une : on l'identifie,
mais j'essaye par cet assemblage de la plonger dans un bain de poésie
et d'humour. C'est encore une poussette d'enfant, mais elle a perdu
sa logique utilitaire.
Un certain nombre de personnes m'ont collé l'étiquette d'artiste "post-Duchampien" et
petit-fils du ready-made. Il y a des vérités que l'on ne se lasse
pas de répéter. Tout cela a commencé avec la roue de bicyclette
bien sûre. Je l'ai bien cherché, j'en conviens. Mais ma sculpture
n’a rien à voir avec le ready-made ou l’objet détourné pour
suggérer une Idée conceptuelle, un clin d’œil surréaliste
ou Dadaïste. Je ne fais pas des « objets », je fais de la Sculpture
! Et je me sens dans cette direction bien plus prochedes Bill Woodrow, Tony Cragg, ….que
de Marcel à qui j’envoie mes pensées les plus sincères
et tire ma …référence !
Martin Caminiti, 2006
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