Invité à réaliser une exposition
dans l'Espace 315, Pawel Althamer a préféré réunir
un groupe de onze jeunes artistes issus de différentes écoles
de beaux-arts, nés entre 1972 et 1981, et leur confier la
réalisation du projet. Pawel Althamer se sert ainsi de son
art comme d'une opportunité pour autrui en proposant le Centre
Pompidou comme lieu d'expérience pour ces jeunes artistes.
L'exposition rend compte de cette collaboration et de la réflexion
de ce groupe sur le rôle de l'artiste et de l'institution aujourd'hui.
Le « workshop »
Pawel Althamer a invité le groupe à participer à plusieurs
ateliers. Le premier a eu lieu au Centre Pompidou en mars 2006 où une
présentation de l'histoire du Centre et de ses différents
outils a été proposée aux artistes. Le deuxième
atelier a eu lieu en avril dans le village de Plochocinek en Pologne
pendant deux semaines. Là, les artistes ont développé des
projets personnels et ont pris part aux activités collectives
initiées par Pawel Althamer. De cette expérience a émergé l'idée
de réaliser un film en théâtre d'ombres basé sur
leurs impressions pendant le « workshop ».
La contribution de Pawel Althamer à l'exposition consiste
par ailleurs en un film retraçant le processus du projet et
les échanges survenus au sein du groupe. Ce film, intitulé Plochocinek,
est montré dans le Forum, en marge de l'exposition, réalisant
le souhait de mise en retrait de Pawel Althamer.
Le statut de l'artiste
La réelle intention de Pawel Althamer consiste à questionner
le statut de l'artiste, et ce dans le contexte particulier d'une
exposition institutionnelle. En se concentrant sur le processus de
collaboration entre les jeunes artistes, il met de côté leurs
travaux artistiques respectifs et se positionne contre une certaine
idée de l'artiste star. En effet par la variété de
leurs origines, de leurs pratiques et des médiums utilisés,
les artistes d'aujourd'hui ne fonctionnent plus sur le mode « romantique » du
groupe artistique. Ce concept suranné peut-il encore être
réactivé et générer de nouvelles réflexions
? Travailler avec de jeunes artistes permet à Pawel Althamer
de dialoguer avec une génération en plein questionnement
sur son propre devenir, à l'heure où le monde, y compris
celui de l'art, semble fonctionner à l'aune des règles
de compétition et de compétitivité. L'exposition
s'inscrit donc dans une démarche inverse de celle inaugurée
par Jeffrey Deitch à New York en 2006 avec son projet « Artstar »,
réplique de la Star Academy, et visant à mettre sous
les feux de la rampe un artiste star.
Pawel Althamer
Pawel Althamer est né en 1967 à Varsovie. Il est aujourd'hui
reconnu dans son propre pays et depuis peu sur la scène artistique
internationale. Il a réalisé des expositions monographiques
au Museum of Contemporary Art à Chicago en 2001, au Kunstverein
für die Rheinlande à Düsseldorf en 2003 et a participé à de
nombreuses expositions de groupe en Europe comme la biennale de Venise
en 2002. Le Musée Bonnefanten de Maastricht lui a décerné le
prix Van Gogh en 2004.
Pawel Althamer définit aujourd'hui son travail selon trois
ensembles : les œuvres en rapport avec l'institution, celles
s'adressant aux groupes ou à la notion de communauté,
et celles associant sa famille. Vers le milieu des années
1990, il s'intéresse à la place de l'art dans les grandes
villes. Pour son projet 2000 il a demandé aux habitants d'un
immeuble HLM de Varsovie de créer un panneau signalétique
gigantesque en allumant des lumières dans des fenêtres
spécifiquement désignées, écrivant ainsi
le nombre " 2000 " sur la façade de l'immeuble.
Dans un esprit plus ironique, il a engagé des sans abri pour
jouer le rôle de critiques d'art pendant l'ouverture de l'une
de ses expositions, ou encore, il a demandé à des immigrants
polonais de détruire l'espace de la Wrong Gallery de New York
et de la reconstruire à l'identique dans un exercice insensé qui
remet en question l'autorité du milieu artistique. De la même
manière, à Berlin en 2003, il a transformé l'espace à l'esthétique « white
cube » de la galerie Neugerriemschneider ; il en a fait un
lieu désolé et vide, rappelant son état originel,
après la chute du Mur et avant l'embourgeoisement du quartier.
De la même façon, Pawel Althamer joue souvent de la
disparition, décevant les attentes traditionnelles quant au
rôle de l'artiste par un jeu de substitution. Il transforme
un espace de musée en salle d'attente, demande à sa
fille d'être gardienne de son exposition, ou donne à une
surveillante un poste radio et une théière afin de
rendre son travail plus confortable. Sa présence se fait alors
effacée, discrète. Son propos demeure toujours voilé et
mystérieux, semant le trouble par son côté insidieusement
subversif.
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