« La
terrible, l’indicible, l’impensable
banalité du mal »1 se produit
et se répète chaque jour, ici ou là-bas, nous
faisant parvenir ses échos devenus lointains et distants par
le filtre aseptisé de
l’image
médiatique. Utopies dévoyées, autoritarismes politiques
et/ou
religieux, répression et violence sur les corps et les esprits
se
fondent dans le magma de l’actualité. Proposant une alternative à l’information
dominante, des artistes posent la question de leur rôle, de la
portée de leur engagement. Acteurs plus que
témoins,
ils/elles assurent une transmission et vont au-delà de la simple
revendication textuelle et littérale.
Lida Abdul (Afghanistan) et Tania Bruguera (Cuba) engagent respectivement
une réflexion sur la situation de leurs pays, investissent de
front pratique performative, mise en jeu de leur corps et portée
politique du propos. Entre l’expérience de l’exil
et le retour
régulier en Afghanistan ou à Cuba, elles abordent la
question des
origines, de l’identité culturelle, du déplacement
et assument un
rôle de passeur/acteur qui dépasse largement le contexte
de leur
pays. Performances ou installations, quel que soit le dispositif
choisi, Lida Abdul et Tania Bruguera rompent la distance aux images
:
déstabilisés, troublés, nous basculons pendant
quelques instants dans
une expérience cathartique, aussi artificielle soit-elle. Pour
la
première fois réunies dans une exposition, les deux artistes
soulignent
l’importance d’interroger, plus que jamais, les images,
de
mettre en doute et subvertir les discours dominants et officiels.
Emily Jacir, Renaud Auguste-Dormeuil poursuivent, chacun à leur
manière cette incitation à la vigilance, ce questionnement
sur la
notion d’engagement. Leur réflexion sur la figure du réfugié évoque,
au-delà des frontières et des époques, le contrôle,
la contrainte
exercés sur les individus/corps, la séparation et le
déracinement.
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