Si la peinture constitue le socle
de la pratique de Kerstin Brätsch, son travail intègre et fusionne néanmoins
une grande variété de médiums et se déploie
tout à la fois dans une pratique personnelle et collective.
En 2007, elle fonde avec Adele Röder le collectif DAS INSTITUT.
Cette parodie d’une société d’import-export
pose avec un humour féroce la question de l’autorité de
l’art à l’ère de la globalisation et de
la reproductibilité infinie des images, en intégrant
dans le travail de peinture les codes du marketing et de la publicité.
Les posters, photos, fanzines, performances, enrichissent ainsi une œuvre
profondément singulière, transgressive et féministe.
Mais revenons sur ce qui frappe de prime abord dans
ce travail, la peinture. Une peinture tout en vibration et en oscillation,
qui
exulte le désir et la jubilation, une peinture hallucinatoire
qui galvanise et vampirise. Puis le regard dérive et s’attarde
sur des posters aux couleurs criardes, témoins oculaires d’un
monde devenu marchandise. L’entreprise de sabotage se révèle
alors : les posters sont des cartels publicitaires des peintures
et les peintures des répliques d’images générées
par ordinateur. Ici des répliques, là des décors
pouvant servir pour une performance, ailleurs encore un socle sur
lequel sont déposés des fanzines publicitaires. La
peinture est littéralement mise à terre, puis remise
en circulation, reproduite et répliquée. Peinture réplicante
bien plus que réplique d’ailleurs – à l’image
de ces personnages de Blade Runner, génétiquement créés
pour être des doubles parfaits des humains et qui se révoltent
contre cette domination qui fige leur identité.
Le titre de l’exposition de Kerstin Brätsch & DAS
INSTITUT pour le Parc Saint Léger fait référence à une
nouvelle de Balzac intitulée Le chef d’œuvre inconnu.
Mais cette injonction (« Rien ! Rien !) ne doit pas égarer
le visiteur, c’est bien à l’avènement d’une
peinture mutante que Kerstin Brätsch aspire, une peinture à l’identité mouvante
et provisoire, qui assimile et se joue des nouveaux circuits de production
et de diffusion des images.
Kerstin Brätsch s’est fait récemment remarquer
sur la scène internationale suite à sa participation à l’exposition
collective "Younger than Jesus" au New Museum de New York
en 2009. Elle a également exposé à P.S.1 pour "Greater
New York", à Art Basel 2010, à la Kunsthalle de
Zurich ou encore au Swiss Institute avec le collectif DAS INSTITUT.
Elle participe cette année à la Biennale de Gwanju.
Elle est représentée en France par la galerie Balice & Hertling
et à Milan par Gio Marconi.
Son exposition au Parc Saint Léger représente sa première
exposition personnelle dans une institution française.
L’exposition de Kerstin Brätsch & DAS INSTITUT s’inscrit
dans le cadre de Thermostat, des coopérations entre 24 centres
d’art et Kunstvereine. En partenariat avec la Frankfurter Kunstverein
. Elle a été rendue possible grâce à la
collaboration de la galerie BaliceHertling. |