Le renoncement à l’autorité mène-t-il à l’anarchie
ou à de nouvelles formes d’auto-organisation et de responsabilité collective
? Que se passe-t-il lorsqu’on s’ouvre à l’Autre
ou aux Autres ? Telles sont les questions que le centre d’art
contemporain – la synagogue de Delme et le Brandenburgischer
Kunstverein Potsdam e.V proposent d’aborder avec Trust!, une
exposition en deux volets.
Le centre d’art et le Kunstverein sont impliqués dans
le projet d’échange franco-allemand Thermostat, dans le
cadre duquel 24 centres d’art et Kunstvereine réalisent
divers projets.
Ensemble, Delme et Potsdam
décident de structurer leurs expositions à partir
du contexte de travail induit par Thermostat et tentent une collaboration à tous
les niveaux. Ainsi, l’exposition The Barranquilla Principle
est présentée du 3 octobre 2010 au 9 janvier 2011 à la
synagogue de Delme sous la direction de Silke Albrecht et Astrid
Mania, commissaires d’exposition du BKV Potsdam, tandis que
Marie Cozette, directrice de la synagogue de Delme organise une exposition
du 11 décembre 2010 au 30 janvier 2011 à Potsdam. La
conception et le contenu des expositions sont laissés à l’entière
liberté de chacun. Les deux volets proviennent cependant d’une
idée commune, développée en concertation, et
exprimée sous différents aspects : il est question
entre autres de confiance et de renoncement – volontaire ou
pas – à l’autorité.
À la Synagogue de Delme, l’exposition aborde les implications
de l’absence de décideur ou de directeur au sein de
projets collectifs. Elle présente les travaux de trois artistes
: Joëlle de La Casinière, Javier Téllez et David
Hatcher.
Joëlle de La Casinière a produit et co-produit de nombreux
films depuis le début des années 1970, dont La première
partie du roi Henry IV de double v Shakespeare : une analogie (1972)
qui est projeté à Delme. Tourné à Barranquilla
en Colombie, le film résulte d’un échec : avec
Enrique Ahriman, homme de théâtre et ami, Joëlle
de La Casinière prévoit de mettre en scène La
première partie du roi Henri IV de W. Shakespeare, dans les
rues de Barranquilla et avec la participation des habitants de la
ville; finalement le projet s’avère totalement irréalisable.
Le film de Javier Téllez intitulé One flew over the
void (Balla perdida) (2005) et réalisé à la
frontière des Etats-Unis et du Mexique procède d’une
démarche analogue. Comme souvent dans son travail, Javier
Téllez travaille ici avec les patients d’un institut
psychiatrique avec lesquels il a créé un mélange
de cirque, de fête populaire et de manifestation, qui remet
en question toutes les frontières. À la fin, un boulet
de canon humain est lancé par-dessus la zone frontalière
entre Tijuana et San Diego. Ne serait-ce que dans la démarche
de l’artiste, ce projet est sous-tendu par un fort potentiel
anarchique.
David Hatcher enfin, s’intéresse depuis longtemps aux
productions visuelles des philosophes, et plus précisément
aux diagrammes qui accompagnent certains de leurs écrits canoniques.
Il examine la manière dont des idées complexes, exprimées à travers
le langage, se laissent transposer dans des formes simples et non
langagières. Pour Delme, il élabore un diagramme qui
aborde des questions ayant trait à l’autorité,
la perte de celle-ci, ou encore à la notion de collectivité.
Qu’il s’agisse des vidéos de Joëlle de la
Casinière et de Javier Téllez, ou encore de l’installation
de David Hatcher, les processus de travail mis en œuvre découlent
de projets collectifs, où toute forme d’autorité disparaît
petit à petit, et où il faut dés le départ
intégrer la possibilité de l’échec, comme
une donnée intrinsèque. |