Territoire à la fois infini et clos sur
lui-même (double illusion), « le désert » cristallise
un vaste faisceau de références et de disciplines,
de la géographie à la littérature, de la philosophie à la
biologie, de la cartographie à l’écologie. La
blancheur sans qualités – ou fantasmée comme
telle – du désert (qui ne peut souvent être embrassée
que grâce aux cartes ou à des représentations
aplanies) en fait un espace idéal de projection, d’inscription
et de planification pour fantasmes politiques, utopies architecturales,
expéditions scientifiques et récits de fiction plus
ou moins fondateurs. Il est l’image de ce lieu hors du temps
et du monde, une hétérotopie dont les représentations
sont souvent connotées de romantisme. Il est aussi un paysage,
un révélateur, un théâtre, un laboratoire,
où se croisent trajectoires migratoires, expérimentations
sociopolitiques et tentatives d’hégémonies nationales
: un lieu avant tout traversé et constitué par des
corps et des histoires.
Nous ne notons pas les fleurs, dit le géographe. prend pour
point de départ l’appropriation – sous des formes
et pour des raisons variées – du désert et de
ses images dans l’histoire politique et culturelle moderne
et postmoderne. Au-delà d’une certaine fascination actuelle
pour la question de l’entropie et une poétique de la
ruine, l’exposition considère à la fois les espaces
des déserts « naturels » et les espaces urbains
désertés, dans une dialectique d’occupation/désoccupation,
appropriation/expropriation. De tels territoires appellent au design,
selon l’acception d’Hal Foster , et nombreux sont les
artistes à s’être emparés de ces relations
multiples pour les examiner, les documenter, en rendre compte et/ou
pour produire de nouvelles projections et de nouveaux récits.
Nous ne notons pas les fleurs (…) s’inspire d’une
conception de la géographie qui prend en compte la relation
du sujet au lieu : une conception non pas fixe mais transformable
et régulièrement redéfinie et restructurée, à l’inverse
de celle – autoritaire et ethnocentrique – évoquée
par la citation du Petit Prince de Saint-Exupéry qui donne
son titre à l’exposition. Ainsi l’esthétique
documentaire, voire ethnographique de la plupart des pièces
présentées recouvre-t-elle en réalité un
réseau subtil de connotations, d’écarts et de
narrations plus vaste, qui propose une lecture « psycho-géographique » du
désert.
Une série de récits (conférences, performances,
films) accompagnera l’exposition.
Artistes présentés :
Lara Almarcegui, Louidgi Beltrame, Ursula Biemann, Julien Blanpied,
Wang Bing, Tacita Dean, Ellie Ga, Michael Höpfner, Ruth Kaaserer,
Yves Mettler, Trevor Paglen, Carson Salter, le Silo, Triple Canopy
et José León Cerrillo |