Le Magasin consacre une exposition
et une publication aux années 80*.
L’exposition est pensée par rapport à un cadre
de travail très simple :
- Son temps est celui d’une décennie qui débute
en 1980 et qui s’achève en 1989, même si les quelques
années qui la précèdent et celles qui la suivent
sont à prendre en compte.
- Son espace géographique ensuite est celui de son époque,
d’une géopolitique qui classe grossièrement la
planète entre les pays industrialisés non communistes
situés dans le giron des Etats-Unis, le bloc soviétique
et le reste du monde, tiers ou quart.
- Ses artistes et leurs œuvres pour finir sont ceux de la décennie
ramenée pour la circonstance à son acception la plus élémentaire.
Les œuvres présentées ou reproduites sont quasiment
toutes datées de cette époque, et leurs inventeurs
sont essentiellement apparus sur la scène artistique à la
même période, après avoir fait leurs premières
armes autour de 1976-1977. Ce qui exclut sans que nous les ignorions
des artistes des générations précédentes
qui étaient encore actifs et qui étaient alors des
références incontestables (Richard Artschwager, Gehrard
Richter, etc..).
Notre projet est donc ainsi sommairement défini : les artistes
de la fin des années soixante-dix à 1989 dans les pays
démocratiques industrialisés. Les éléments
de base de ce projet arrêtés, il nous reste à dire
la méthode retenue pour sa mise en œuvre.
Il est apparu assez vite que les matériaux collectés
pouvaient être clairement organisés autour de deux thématiques
principales, et que leur volume était tel que nous pouvions
envisager deux items différents leur correspondant - exposition
et publication - en deux volets. Le premier d’entre eux décline
les questions d’espace public/privé et de communauté,
alors que le second qui sera présenté à l’été 2009
traitera des images et des représentations, et où nous
montrerons des artistes majeurs comme Mike Kelley ou Martin Kippenberger.
Un projet en deux volets
Au sortir des années soixante-dix, la scène artistique
est, comme l’ensemble du monde intellectuel et critique, occupée à penser
la post-modernité, la « fin des grands récits » que
Lyotard analyse en 1979 dans son essai: La Condition postmoderne:
rapport sur le savoir.
Décennie du retour à l’éthique et à l’esthétisation
des cultures communautaires, voire tribales, les années quatre-vingt
sont les années du libéralisme triomphant et de l’économie
gestionnaire dans une recherche individuelle égotique du bien-être,
ce que des penseurs comme Habermas ou Sloterdijk dénoncent.
Ce contexte philosophique et intellectuel est déterminant
pour la sphère artistique, notamment en raison de l’influence
majeure de la «French theory » sur l’école
nord-américaine.
Les artistes vont en effet se déterminer par rapport à ces
débats, et l’exposition tente l’arrangement d’œuvres
dans l’espace pour en rendre compte sans en être l’illustration.
Elle est organisée sur un parcours qui permet de découvrir
des ensembles thématiques qu’inaugure l’espace
central du bâtiment, la Rue, avec le wall painting de Günther
Förg. Sa pièce est conçue spécialement
pour l’événement et à l’échelle
du bâtiment.
Dans les galeries d’exposition, l’espace est distribué par
deux galeries de circulation qui desservent des salles de diverses
dimensions et qui aboutissent en leur centre à une grande
salle circulaire, dont la configuration est confiée à John
Armleder.
Architecture, espace public/privé
Les salles thématiques articulent les notions d’architecture,
là où en opposition à l’émiettement
de la sphère publique et à sa privatisation, les artistes
Ludger Gerdes et Thomas Schütte affirment la nécessité de
réinvestir l’espace public, son urbanisme et son architecture.
En contrepoids, les espaces suivants exposent la
sphère domestique
privée, avec les décors de Thomas Ruff ou les petites
scénettes photographiées de Laurie Simmons, qui mettent
en évidence critique la position d’asservissement de
la mère au foyer ; ou encore Haim Steinbach et Thomas Huber
qui utilisent l’étagère, qu’elle soit murale
ou sur pieds, comme paradigme du display.
Collectifs et communautés d'artistes
Le deuxième groupe de salles réduit encore plus la
focale du propos à la communauté du monde de l’art
par la présentation de galeries de portraits d’artistes
ou de voisins anonymes réalisés par Richard Prince,
Axel Hütte, Tom Warren ou John Ahearn.
Les expériences collectives de la scène alternative
nord-américaine, et tout particulièrement new-yorkaise,
sont évoquées par la reconstitution de l’une
des salles de l’exposition du Time Square Show, en pendant
d’un salon vidéo qui en diffuse la production filmique
et vidéographique, supports privilégiés des
luttes de différents groupes activistes.
Le parti pris retenu devrait permettre de découvrir ou de
redécouvrir certains artistes, ou, pour ceux qui seraient
encore très visibles, des pièces rares, inédites
ou peu connues.
Publication
A l’occasion de l’exposition, parution d’un livre
bilingue, français et anglais, qui rassemblera des textes
d’Yves Aupetitallot, Hal Foster, Maria Garzia, Ludger Gerdes,
Dan Graham, Félix Guattari, Fredric Jameson, Lucy Lippard,
Alan Moore, Paolo Portoghesi, Sally Webster.
Format 22 x 28 cm, 240 p. couleur, couverture rigide.
Publication Magasin, Grenoble, 2008
ISBN 978-2-906732-84-1
Liste des artistes présentés
John Ahearn, Aone, John M. Armleder, Bazile/Bustamante,
Bernard Bazile, James Casebere, Philippe Cazal/Jacques Fournel,
Crash, Jane
Dickson, John Dogg, Stefan Eins, Coleen Fitzgibbon/Christof Kohlhofer/Christy
Rupp/Robin Winters, Günther Förg, Ludger Gerdes, Robert
Gober, Keith Haring, Jenny Holzer/Peter Nadin, Thomas Huber, Rebecca
Howland, Axel Hütte, IFP, Justen Ladda, Bertrand Lavier, © les
readymade appartiennent à tout le monde, Allan McCollum/David
Robbins, Alyson Pou, Richard Prince, Thomas Ruff, Kenny Scharf, Thomas
Schütte, Laurie Simmons, Michael Smith, Ettore Sottsass, Haim
Steinbach, Thomas Struth, Meyer Vaismann,Tom Warren, James Welling.
* Le MAGASIN a déjà consacré plusieurs projets à cette
période, soit par la publication d’anthologies (Aids
Riot, Collectifs d’artistes face au sida. New York, 1987-1994…),
l’organisation d’expositions collectives accompagnées
de catalogues (Images, Objets, Scènes. Quelques aspects de
l’art en France depuis 1978) ou soit par l’organisation
d’expositions monographiques et de publications de même
nature (Richard Prince, Jack Goldstein, John Miller, etc…).
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