Depuis
le milieu des années 1990, Mark Lewis
explore les procédés du cinéma afin d'interroger
son histoire et ses conventions, dans une démarche qui prend à contre-pied
les méthodes du cinéma commercial produit par Hollywood.
Il réalise ce qu'il nomme un « cinéma en morceaux » dont
les pièces s'attardent sur le vocabulaire du cinéma
: le générique, le figurant, le décor, le travelling...
Souvent filmées en Cinémascope et transférées
en DVD ou fichiers haute définition, ses oeuvres prennent
la forme de grandes projections à même le mur.
Toute l'entreprise de Mark Lewis est une exploration
du langage filmique, à travers laquelle il joue aussi bien avec un cinéma
passé (son histoire, ses modes de représentation et
de narration, ses possibilités techniques et formelles), qu'avec
les constituants de la peinture et de la photographie. Il travaille
ainsi cette matière même qu'est l'image et questionne
la manière dont nous la comprenons. Ses films courts et silencieux
sont de véritables intrigues visuelles, sans narration, souvent
installées au coeur même d'un quotidien, celui des villes
de la Modernité. Il propose au spectateur un exercice de décodage,
une expérience étrange de « déjà-vu »,
et recompose ainsi sa propre idée, éclatée,
d'un « cinéma permanent ».
On a souvent parlé des films de Mark Lewis comme de pures
expériences du temps. Ses films n'ont d'ailleurs ni début,
ni fin. On a moins souligné leur extraordinaire capacité à dire
et explorer les lieux. « La plupart des oeuvres de Lewis
déploie en effet la longue prise de vue, qui est inséparable
du lieu où elle est prise. Tous ceux qui ont fait de la longue
prise leur spécialité, de Kubrick, Michelangelo Antonioni
et Wim Wenders à Chantal Akerman, Michael Snow, Jia Zhangke
et Tsai Ming-Liang, ont une compréhension profonde du lieu.
Lewis aussi. Plusieurs de ses oeuvres ont été faites
dans les lieux où il a vécu et la plupart ont été inspirées
par des endroits qu'il a connus ou découverts par hasard.
Le résultat, ce sont des films qui semblent être des
célébrations d'espaces particuliers alors qu'ils nous
montrent des lieux génériques, condition paradoxale
des villes engendrées par la Modernité (comme certains
quartiers de Vancouver ou de Londres). En clair, devant ces films
maintenant nous sommes ici, mais nous pourrions être partout
ou nulle part ». Ainsi que l'écrit le critique
David Campany, « un sort semblable est advenu au cinéma
qui se fragmente et se disperse à travers le champ de la culture
visuelle. Le cinéma peut être notamment dans les salles
de cinéma, mais nous le voyons partout de nos jours, depuis
un téléviseur et des ordinateurs portables jusqu'aux
avions et galeries d'art. Mark Lewis est l'un des rares artistes
qui peut nous montrer la profondeur des liens entre la condition
du lieu, la condition du temps et le sort de leurs représentations.
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