Peter
Aerschmann – Oil et
Winter Games
Né en 1969 à Fribourg, Peter Aerschmann vit et travaille à Berne
en Suisse.
Après avoir présenté à la galerie, il
y a tout juste un an, Where are you ?, une vidéo interactive
qui utilisait les propriétés de la téléphonie
mobile (visible aujourd’hui dans la collection permanente de
la MEP à Paris), Peter Aerschmann revient en 2008 avec deux
vidéos – compositions d’objets, collages numériques – qui
entrent en résonance avec ses premiers travaux.
Oil pointe, par un rapprochement violent, les dérives outrancières
d’une société de surconsommation symbolisée
par le pétrole. Winter Games, dont le nom est une référence
directe au jeu-vidéo éponyme (Commodore 64, 1985, Epyx),
devient une interrogation radicale sur une guerre hors normes contre
le terrorisme.
Peter Aerschmann construit là des objets sentiments, sans
place ni temporalité. Il interroge l’Histoire. Les repères
chronologiques sont faussés aussi bien techniquement (utilisation
du « loop » : procédé permettant à chaque élément
de l’image de se mouvoir aléatoirement en fonction de
séquences préenregistrées) que géographiquement – assemblage
d’objets sans histoire commune. Le temps flotte, rien ne bouge.
Mode pause. Les personnages attendent, comme les héros d’un
jeu vidéo, que le spectateur branche les manettes pour (re)démarrer.
Mais en tant que spectateur nous ne pouvons qu’observer, regarder
avec quelle résignation les protagonistes se meuvent (les
baigneurs de Oil) ou avec quelle incrédulité ils se
déplacent - les enfants et les terroristes de Winter Games échangent
leurs places, apparaissent, disparaissent comme les héros
de dessins animés.
Les manettes nous manquent, celles qui permettraient
de tout changer. Des manettes que Peter Aerschmann nous a volontairement
dérobé pour
nous confronter à une question à peine voilée
: peut-on faire quelque chose ? ou même, plus simplement, que
faisons-nous ? Maintenant, aujourd’hui.
Xiomara De Oliver - Parlor Girls
Née à Grand Forks, British Columbia, Canada ; vit à New-York
Xiomara De Oliver explore la condition de la femme,
et plus particulièrement
afro-américaine, dans la société actuelle, une
condition tant physique que politique. Car si elle utilise l’Histoire,
la superficialité du monde moderne, le prétendu rêve
américain, chef de file des inégalités en tout
genre, Xiomara de Oliver s’attache également à explorer
son propre être, sa personnalité. Ainsi elle met en
lumière la soumission inconsciente de la femme au regard masculin
mais également sa capacité à tirer parti de
ses atouts physiques, dénonçant par là même
l’adhérence de la femme à la société.
Elle présente une critique sur les rôles qu’on
impose aux femmes et qu’elles s’imposent elles-mêmes,
et retrace une longue histoire féminine. Une histoire qui
semble d’ailleurs fondée sur un manuel, un guide de
conduite – référence à l’Amour Cortois,
qu’elle met un point d’honneur à tourner en ridicule.
Les femmes aux postures de pin up que peint Xiomara s’inscrivent
sur des fonds toujours plus mystérieux.
Ces atmosphères, aussi légères que troublantes,
ces larges aplats de couleur, portent la femme afro-américaine,
lui permettent d’évoluer dans un monde en suspens, de
se démultiplier à l’infini. L’absence de
repères est affirmée et marque, de la manière
la plus poétique et la plus fine, les préoccupations
d’une artiste engagée contre le consensus artistique
et sociétale global. Si l’on observe chez Xiomara de
Oliver une conscience aigue de la condition de la femme, celle-ci
est d’avantage le relais de son imaginaire plutôt qu’un
porte-étendard socio-culturel.
Eduardo Sarabia – History of the World
Né 1976 à Los Angeles, Californie ; Eduardo Sarabia
vit à Los Angeles, Guadalajara, Mexique, et à Berlin,
Allemagne
La première salle accueille une double installation d’Eduardo
Sarabia, jeune artiste mexicain présenté pour la première
fois à la galerie. Dans la première partie, une composition
de 100 assiettes en céramique représentent des scènes
de la vie quotidienne. Juste devant trône une pièce
en céramique, sculpture cette fois-ci, composée d’un
vase et de son socle fébrile, fantasmes de l’artiste
ou du Monde dans lequel il agit.
L’objet en céramique est le medium le plus représentatif
du travail actuel d’Eduardo Sarabia. Issue tout droit du folklore
mexicain, la poterie est pour l’artiste un moyen de transformer
l'espace d'exposition en espace de conte. Ceci lui permet ainsi de
naviguer entre références culturelles et mythologie
personnelle pour révéler avec chaleur, humour et absurdité des
messages politiques forts ainsi qu’une grande conscience de
la responsabilité humaine.
Eduardo Sarabia comme inventeur de scénarios. Tel le lecteur
d’une fresque d’un autre temps, le spectateur se retrouve
dans des situations théâtrales satiriques qui, sans
mot, lui posent les questions de son temps.
Xie Lei - Bestiaire Imaginaire
Né en 1983 à Huainan (Anhui, Chine) ; vit et travaille à Paris
Agé de vingt-cinq ans, Xie Lei appartient à la nouvelle
génération de la scène contemporaine chinoise.
Les toiles présentées ici sont sélectionnées à partir
d’un Bestiaire Imaginaire. L’animal n’est plus
un sujet, mais un moyen, un prétexte. XIE Lei le place dans
des situations apparemment impossibles, absurdes, il crée
des fictions troublantes. Le ridicule côtoie le tragique ;
la joie, la douleur… L’ambiguïté, l’énigme
se glisse dans la toile, la lecture n’est pas immédiate,
dirigée, univoque, ce qui était familier ne l’est
plus.
Avec ce Bestiaire Imaginaire, XIE Lei renouvelle
un thème
qui a conduit poètes, écrivains, peintres, de toutes
origines, à voir dans le monde des animaux un miroir de celui
des humains.
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