Né à Los
Angeles en 1957 et prématurément disparu du sida
en 1999, David Seidner a laissé une œuvre aux registres
multiples, encore largement méconnue. Collaborateur des
revues de mode les plus prestigieuses, il assura durant plusieurs
saisons les campagnes photographiques de la maison Yves Saint Laurent.
La Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent présente
son travail le plus personnel. On ne peut qu’admirer sa maîtrise,
sa technique, tout en étant bouleversé par l’émotion
qui sourd à tout moment. Articulées autour de différents
thèmes - corps fragmentés, nus, portraits, ainsi qu’une
ultime et éblouissante séquence d’orchidées
- les œuvres exposées ici allient le souci formel le
plus extrême à la sensualité la plus raffinée.
Avant-propos
par Pierre Bergé
J’ai connu David Seidner à New York au début
des années 80. Il n’était pas encore l’artiste
qu’il allait devenir mais on comprenait tout de suite, à l’écouter,
qu’il allait occuper dans l’histoire de la photographie
une place importante. Sa culture était vaste, son français,
impeccable, et ses goûts, justes. Très vite nous devînmes
amis et bientôt il devait travailler pour Yves Saint Laurent.
Je me souviens parfaitement du moment où je lui ai dit : " David,
si tu peux photographier en même temps une femme, la tour Eiffel
et un bouquet de roses, alors tu signeras la publicité du
nouveau parfum Paris ". Il le fit, et cette photo devait s’étaler
sur les pages des magazines du monde entier. Bien sûr, il y
avait une femme, la Tour Eiffel et un bouquet de roses, mais il y
avait surtout une photo. En effet, David ne sacrifiait pas à la
facilité, au joli. Il conserva toute sa vie la rigueur qui
accompagne la création. Les oeuvres que nous présentons
ici sont parmi les dernières faites par lui. Son chant du
cygne. On ne peut qu’admirer sa maîtrise, sa technique,
tout en étant bouleversé par l’émotion
qui sourd à tout moment. Avec ses fleurs, il rejoint dans
un chromatisme éblouissant des oeuvres qu’il admirait
par-dessus tout : les pastels de Manet. Ses nus sont une leçon
de dignité et ne doivent rien à un voyeurisme facile.
J’ai beaucoup aimé David et je suis heureux, avec cette
exposition, de le lui montrer. Et de lui dire mon admiration.
Note des commissaires de l'exposition
par Violeta Sanchez et Gilles Jaroslaw
Avec cette exposition, nous souhaitons rendre hommage à l’artiste
David Seidner, qui, soucieux de forger son identité, puise
dans l’histoire de l’art une dimension universelle et
dans l’art contemporain la substance de son être.
Si l’on peut parler de la mémoire comme d’un courant
artistique, l’oeuvre de Seidner devrait sans nul doute lui
appartenir.
Mémoire des artistes qu’il inscrit dans le platine,
tels les bustes classiques, icônes intemporelles de notre histoire.
Passeur, il inventorie la forme, lui conférant par sa conviction
la gravité de l’âme.
Ainsi la chair des nus, académiques, dépouillés
de tout artifice, illustre sa quête de la matière, picturale,
humaine et photographique.
Il privilégie les éléments de décor humbles,
fil de fer, bris de miroir, murs à la peinture patinée
par le temps. Il joue avec la chimie, stratifie les Ektachrome, surimprime
les négatifs, interpose des plaques de verre peintes entre
l’objectif et son sujet, fait de la prise de vue une performance.
Cette recherche l’obsède jusqu’à ce qu’il
devienne lui-même son sujet d’expérimentation.
Avec ses autoportraits nus, il se statufie, s’immortalise.
Mémoire façonnée inlassablement, où le
processus retrouve son sens et la perfection prend vie.
Des portraits fragmentés de jeunesse aux Orchidées,
vulnérables et irréductibles, à son image, commence,
s’accomplit et s’achève sa quête. Seules
subsistent beauté, sensualité, couleur et lumière.
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