Il fallait l'ambition et la capacité mobilisatrice
d'un grand festival comme le Mois de la Photo à Paris pour
se pencher sur la riche thématique de la Photographie européenne,
entre tradition et mutation.
Le thème est ambitieux à plusieurs titres : historiquement,
parce que la photographie est née sur le territoire européen
et y a progressivement déployé toute l'étendue
de ses modes d'expression, de ses usages et de ses évolutions
techniques ; mais aussi géographiquement, parce que le territoire
européen est vaste et vivant et qu'il recèle d'innombrables
sources d'inspiration pour les photographes, qu'ils soient européens
ou internationaux.
C'est donc à une manifestation telle que le Mois de la Photo à Paris,
susceptible de rassembler de nombreuses propositions artistiques,
qu'il appartenait très naturellement de s'intéresser à l'Europe
des photographes et à ses multiples expressions et mutations.
Il apparaît tout aussi naturel que le choix de ce sujet revienne à la
Maison Européenne de la Photographie, qui avait choisi, dès
son ouverture en 1996, d'afficher son ancrage européen, à travers
son appellation, en se voulant résolument européenne,
et qui a encore réaffirmé cette orientation avec la
création du Mois européen de la Photographie, un réseau
de festivals photographiques européens.
Il est enfin très heureux que le choix de ce thème
coïncide avec le calendrier de la Présidence française
de l'Union européenne et de la Saison Culturelle Européenne
qui lui est associée, occasion d'afficher avec force l'importance
de la culture en Europe, à une époque où l'Europe
politique peine à se définir et à s'affirmer
et laisse trop souvent de côté la culture.
Néanmoins, loin de toute pression uniformisatrice, l'Europe
culturelle se dessine, à travers des propositions d'artistes
et de photographes qui interrogent les notions de territoires, de
frontières, de communautés, d'identités, ou
encore que rassemble le goût des expérimentations, ou
tout simplement une vision esthétique.
À travers la centaine d'expositions qu'elle rassemble, l'édition
2008 du Mois de la Photo invite ainsi à une exploration des
territoires européens, physiques ou esthétiques, et
contribue à dresser un état des lieux de la création
photographique européenne.
L'exploration est photographique mais aussi vidéographique,
plusieurs expositions présentant des œuvres vidéo,
les deux média étant désormais souvent reliés
et la pluridisciplinarité des artistes de plus en plus fréquente.
L'exposition Moving stills coproduite par le Mois européen
de la Photographie témoigne de ce dialogue entre image fixe
et image en mouvement, en faisant du recours à la vidéo
une des mutations à l'œuvre dans le champ photographique.
Puisse ce 15e grand rendez-vous photographique attirer
une nouvelle fois tous les amoureux et passionnés de la photographie à Paris
et contribuer à rendre tangibles les contours d'une Europe
plurielle, fière de son patrimoine et de ses artistes, et
confiante dans son avenir. Christophe Girard Adjoint au maire chargé
de la culture mairie de Paris
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Le dialogue des regards
La thématique choisie par les organisateurs du Mois de la
Photo 2008 - entre tradition et mutation - dépasse largement
la querelle de naguère entre les Anciens et les Modernes.
Les deux termes - loin d'être antagonistes - reflètent
les tendances de la création actuelle, sa complexité déroutante,
et les interrogations des artistes sur l'avenir d'une image fixe
soumise aux assauts des nouvelles technologies.
La mutation en question est bien là, et elle se joue des
catégories esthétiques, d'une analyse cartésienne,
et du confort intellectuel qu'offrent les étiquettes.
En conséquence, l'expression qui caractérise le mieux
l'étourdissant panorama du Mois de la Photo 2008, c'est "le
dialogue des regards". Selon ses racines, son héritage
culturel, et ses convictions, chaque artiste regarde le monde qui
l'entoure à sa manière. Qu'il soit fasciné par
la réalité qu'il veut reproduire fidèlement,
ou qu'il soit au contraire attiré par des personnages singuliers
dont il veut percer le mystère, le photographe s'affranchit
aujourd'hui des leçons des maîtres consacrés
et pose son propre regard sans aucun complexe. La mutation, c'est
aussi la levée des inhibitions, la découverte et l'enrichissement
dus au choc fertile des cultures, et à leurs différences.
Toutefois, il n'en est pas moins vrai que dans les
pays où la
photographie occupe une place moins importante et où son histoire
fait encore l'objet de recherches, on retrouve à la tradition
beaucoup de charme et de fraîcheur. Cela vaut pour certains
pays d'Europe de l'Est, mais aussi parfois pour des "outsiders" américains.
Ainsi, ce Mois de la Photo 2008 correspond à son tour - comme
l'économie et les systèmes sociaux - à un phénomène
de mondialisation de l'image, avec en parallèle une profusion
d'expressions artistiques en quête de nouveaux territoires.
Faut-il
souligner que l'ouverture du "dialogue des regards" représente
des enjeux autrement plus ambitieux que ceux que l'on attend d'une
manifestation culturelle réservée aux seuls amoureux
de la photo ? Henry Chapier Président de la maison européenne de
la photographie
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Depuis la chute du mur de Berlin,
l'Europe connaît
une mutation sans précédent. L'élargissement
des frontières, le métissage des cultures, mais aussi
des revendications identitaires nouvelles sont à l'œuvre
pour remodeler tout un pan de notre histoire. Parallèlement,
la photographie connaît, elle aussi, un bouleversement sans
précédent. L'irruption du numérique et ses conséquences
(disparition progressive du papier argentique, modification des processus
de développement, et des modes de diffusion) entraînent
une redéfinition du rôle du photographe, mais aussi
du statut du medium, dans un contexte de mondialisation.
Dès lors, la thématique du Mois de la Photo peut s'interpréter
de deux manières : soit comme une exploration d'une Europe
en devenir, soit comme un champ d'expérimentation des nouvelles
technologies qu'accompagnerait une redéfinition des avant-gardes.
C'est ainsi en tout cas que l'ont compris les trois délégués,
Françoise Huguier, Laura Serani et Marc Donnadieu. Les grands
musées parisiens ont, à travers leurs collections ou
leur programmation, fait une large place aux mouvements historiques
qui ont jalonné l'évolution du medium : les expérimentations
photographiques en Europe des années 1920 à nos jours,
au Centre Georges Pompidou ou encore l'école de Düsseldorf
mise en perspective, au Musée d'Art Moderne de la Ville de
Paris, sans oublier les rapports féconds qu'ont entretenus
l'Europe et l'Amérique, ainsi qu'en témoignent les
expositions de la Bibliothèque Nationale, du Musée
d'Art et d'Histoire du Judaïsme, ou de la Fondation Henri Cartier-Bresson.
Les centres culturels ont, à travers des collectifs ou des
monographies, plutôt tenté d'illustrer les grandes tendances
de la photographie contemporaine européenne : le documentaire,
mais aussi l'architecture, le photoreportage, ou encore la vidéo,
cette dernière que l'on retrouve également au Jeu de
Paume ou à la Maison Européenne de la Photo (Moving
Stills). Ce panorama, admirablement complété par l'apport
des galeries, donne une vision, certes fragmentaire mais pertinente,
de cette nouvelle Europe, encore peu ou mal connue. C'est aussi l'occasion
de découvertes ou de redécouvertes, comme Marinus et
le photomontage à la Maison du Danemark, ou bien, à la
Galerie Serge Aboukrat, les photographies de Pierre Verger dans l'Espagne
des années 1930. A côté de grands noms, comme
Sarah Moon, Sabine Weiss, Göskin Sipahioglu, Miguel Rio Branco,
Mimmo Jodice, Werner Bishof, on peut découvrir des œuvres
inédites de jeunes photographes prometteurs. Il convient d'ajouter,
bien entendu, à ces expositions, les manifestations diverses
: conférences, débats, rencontres qui, tout au long
de ce Mois, vont enrichir et animer la scène photographique
parisienne, une scène soutenue fortement par la Mairie de
Paris, mais aussi par des partenaires particulièrement motivés,
dont la Saison Culturelle Européenne, CulturesFrance, Alcatel-Lucent,
partenaire privilégié, Neuflize Vie, Epson et Canson.
Aussi paradoxal que cela paraisse, après 28 ans d'existence,
la 15e édition du Mois de la Photo, grâce aux synergies
et au talent de tous ceux qui y participent, garde une fraîcheur,
une créativité et un dynamisme sans précédent. Jean-Luc
Monterosso Commissaire général du mois de la photo
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