Olivier GOURBIERE
Avant de s’épanouir dans les Orgasmes colorés, l’oeuvre
d’Olivier Gourbière, affectée comme lui (comme nous) par
le monde dans lequel elle s’inscrit, (pro)posait une esthétique
de la contestation, travaillant avec tags, affiches, explosifs et autres banderoles.
Comme une réponse au désarroi déjà roi de l’être-jeté-là,
il transforme ces médiums en média, et vice-versa : sur ces modes
et supports d’inscriptions, de réappropriation de la parole dans
l’espace public, il inscrit des titres de presse quotidienne. Dans un premier
temps, mimétiquement : par flot ; toutes les informations dont nous submergent
les mass-médias y trouvent place. Puis peu à peu, comme affranchi,
vient l’heure du tri : ne s’inscrivent que ceux qui renvoient à sa
vie, sa peinture, sa vision de l’histoire collective et de l’histoire
de l’art. Ainsi débute le récit de son histoire individuelle à travers
la forme médiatisée de l’histoire collective.
Je est un (tout) autre, Texte d’Olivier Gourbière, arrangement et
passage à la troisième personne, Thomas Braichet, extraits.
Bernard BOYER
« La « rencontre avec les azulejos » m’a conduit à revendiquer
la relation au décoratif de mon travail tant dans sa dimension colorée
que dans le développement du dessin ou l’utilisation de savoir-faire
communs aux diverses disciplines plastiques. Cette phase fut très importante,
elle préfigurait, je m’en aperçois aujourd’hui, ce
qui allait être revendiqué comme décor, décorum en
tant qu’espace même de la peinture. Les entrelacs me tricotaient
un décor, une surface « all over », celle de l’espace
scénique de ma peinture aussi bien qu’ils constituaient individuellement
les formes qui y émergeaient et y prendraient corps. Paradoxalement, ce
furent les manques, les blancs surgissant dans ces surfaces colorées y
faisant apparaître des nœuds de couleurs de l’ordre de la figure
totémique qui m’amenèrent à relier entre eux des dessins
de provenances différentes. Le manque dessinait un référent. »
Extraits de l’entretien avec Philippe Cyroulnik publié dans la monographie « Bernard
Boyer » coéditée par Le 19 et la Villa Tamaris.
Jean-Louis DELBES
« Une œuvre sur son propre seuil, ouverte sur deux voies, deux traditions,
mais aussi une œuvre apathique, qui désigne un choix mais sans se
résoudre à la volonté de discrimination; Jean-Louis Delbès
n’est pas peintre, mais il ne cesse d’élaborer des tableaux
ou Jean-Louis Delbès n’est pas peintre mais il répugne à élaborer
des tableaux. Les plus simples sont souvent les meilleurs, et le processus de
travail de Delbès est simple, il s’agit, et je crois bien que ce
ne fût pas souligné, d’abord et peut-être surtout d’un
comportement. Dans la ligne prestigieuse des affichistes, de Hains, de Villeglé,
mais aussi dans la grande tradition française de la promenade qui va de
Rousseau à Léon-Paul Fargue en passant par Victor Hugo et Rimbaud,
Delbès déambule, il contourne et traverse, il longe et croise,
c’est-à-dire que son travail ne l’extériorise pas du
monde, au contraire, le meilleur de son œuvre consiste en cette intégration
oblique au paysage de la cité où il circule. »
Bernard Lamarche-Vadel, Les ready-made transférés, extrait.
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