Barrie Hastings,
peintre de la semaine...
en sa géographie personnelle faite de fruits mordus, de raies
de lumières traversant des placards, de vues d’atelier,
de femmes étendues dans le sable chaud, de villes mutiques.
Après la trace de morsure dans des fruits, quelque part entre
Jean-Baptiste Chardin et le Jonathan Demme du Silence des Agneaux (1991),
B. Hastings s’est mis à peindre l’intérieur
de ses placards et particulièrement du placard à chaussures
de sa femme. Une gamme de noirs y domine, des noirs violet, marron,
gris, corbeau, bleu et même de rares noirs noirs ! Des rouges
vermillon ou carmin, des lacets crémeux traînant ici et
là comme couleuvres dans la chaleur de midi. Ensuite, parti à quatre
pattes errer dans l’appartement, Barrie a découvert des
pieds, des mollets, des genoux, des jambes, des sols, des chaises,
des femmes endormies. Rien que du très classique ; Matisse et
Bonnard planqués derrière le frigo.
Les amies, paresseuses horizontales dorment sur le sable, sont pliées
en deux pour lire ; leur corps luit et leur esprit est ailleurs, dans
un autre monde. Hurry : les paint sticks fondent au soleil ! L’atelier
: territoire animal habité par tant de réminiscences
( Susan Rothenberg, Phillip Guston, Jasper Johns, Georges Braque, etc.),
d’outils, d’éclats de feu, de lumière et
de silence.
Pour Barrie, sa cuisine - la peinture- est sansjustification. Elle
ne relève de rien d’autre que d’elle-même.
Elle accueille le désarroi, le sans sens, le non signifiant.
Elle fait l’économie de la précision photographique.
D’habitude, ça commence par l’observation, par un
dessin en couleurs sur le motif. Dès le début donc l’imprécision
est là. Ensuite à l’atelier s’accumulent
les couches sur le papier ou sur le verre lorsqu’il s’agit
de monotype. L’imprévu s’invite, l’encre revient
sur l’acrylique ; ça saigne de partout, le pastel sec
se casse, tout est noyé dans un cocktail de liant et d’eau.
Et les villes ? Comment en parler ? Barrie se souvient de la scène
de King Kong (M. Cooper, 1933) à New York avec les avions dans
le ciel – il avait pleuré – et de Metropolis (F.
Lang, 1927) avec ses décors si impressionnants. En terme de
viandes peut-être ? D’artères, de viscères.
Champ visuel complexe,morcelé, plans en couleurs contrastées,enchevêtrement
de géométries bancales. Ville fromage, moitié emmenthal
(pour les trous) et moitié gorgonzola (pour la déliquescence).
Edward Hopper et Hitchcock (Vertigo, 1958) ont très bien su
capter cette étrangeté des villes. Celle de Londres fut
admirablement décrite en son temps par De Quincey et celle de
Paris, cette vieille pute si mystérieuse, est restée,
cent quatre vingt six ans plus tard, intacte aux sens toujours en éveil
de Barrie.
Yves
Tenret (en étroite collaboration avec l’artiste
tel qu’en lui-même, il se raconte)
Ivan
Messac est un enfant du Pop Art et son attitude a aussitôt été très proche
de cette génération de peintres qui, en France, imposent
les principes directeurs de « figuration narrative ».
Si les méthodes qu’il utilisent sont très proches
de ses aînés, sa démarche met rapidement en évidence
sa singularité.La dépersonnalisation de l’œuvre
est le maître mot de son aventure esthétique. Et elle
est poussée jusqu’à un point de non-retour :
la technique fait abstraction de toute manualité et donc de
toute traduction de la fibre sensible de l’artiste?; par ailleurs,
les sujets sont pour la plupart issus de l’actualité ou
de l’histoire récente par le biais de photographies
empruntées à des livres, des magazines ou des journaux,
quand il s’agit pas de simples clichés d’amateurs.
Ce sont donc des à-plats, des acryliques, des procédés
mécaniques, un registre chromatique réduit à l’essentiel
qui président à la production de l’œuvre. "
Gérard Georges Lemaire (extrait "dans les cartons à dessins
d'Ivan Messac")
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