Joël Hubaut est né en 1947 à Amiens
Il vit et travaille à Réville en Normandie.
Depuis 1970, Joël Hubaut place l’épidémie
au centre de sa réflexion sur l’art et la société.
Il s’agit « d’un projet d’envahissement et
de contamination » par la prolifération de signes dits « épidémik » et
répétitifs qui prolifèrent dès lors dans
toutes ses productions et envahissent tous les supports dont s’empare
l’artiste qu’il s’agisse d’objets, de véhicules,
de corps ou d’espaces. Ce faisant l’artiste entend critiquer « un
ordre moral fondé sur la manipulation des comportements et
le contrôle des individus » (1) : « on nous contamine, écrivait-il,
on nous conditionne, on nous moule, je dois réagir aux inquisitions,
aux uniformités et trouver mon propre vaccin pour faire éruption
dans les rouages modélisés dominants (…) impossible
pour moi de concevoir le saucissonnage et la spécialisation
cloisonnée des médiums, des appareillages culturels
balisés ». (2)
Ainsi, Joël hubaut sera et demeurera un artiste inclassable.
Nourri tout à la fois par Rabelais, Fourrier, Brisset ou William
Bourroughs…, Satie et la musique répétitive,
Malévitch, Duchamp, Picabia, Beuys, Filliou,…ou les
réflexions théoriques du groupe B.M.P.T, il développe
une œuvre hybride et transversale (dessin, peinture, vidéo,
musique, sculpture, performance, écriture, poésie visuelle
et sonore, édition, organisations d'événements…)
où sont mixées sans hiérarchie aucune toutes
ces sources hétéroclites et des formes d’expressions
mineures et populaires.
Il y a de la dérision et de la parodie dans le jeu de Joël
Hubaut mais qu’on ne s’y méprenne: « la
parodie, ainsi que la rappelle Arnaud Labelle-Rojoux, n’a rien
de désinvolte. Elle est bouffonne, burlesque, tout ce que
vous voudrez, mais elle n’est pas désinvolte. Elle prend
les choses à coeur (…). Sauf qu’elle les exprime
hors du sérieux apparent, avec vulgarité souvent, sans
craindre la dégradation de son objet (3).
Et si Joël Hubaut se travesti volontiers en bouffon, c’est
qu’il peut, par ce biais, mieux révéler la dimension
tragique du monde. Il s’agit bel et bien d’une attitude
morale. « Artiste de la démesure et du débordement
absolu.(…)Performer radical-infatiguable, jusqu’au boutiste
de la fatal error, accumulateur frénétique et architecte
du délire, Hubaut est un constructeur de situations paradoxales
et d'événements hilarants, dionysiaques et jouissifs.
Il fait le vide par le plein en riant de tout : il actionne et pulvérise
les concepts et idéologies dans un va et vient absurde, rhyzomatique
et orgiastique... » (4)
Pour son exposition à Besançon, Joël Hubaut, comme à son
habitude, fait feu de tout bois, joue des correspondances et des
coïncidences. Il monte coupe et colle tout ce qu’il voit
ou entend. Insatiable, il ingère tel gargantua, tout ce qu’il
approche. Ici il établit d’improbables liens entre le
marquis Claude-François de Jouffroy d’Abban (inventeur
bisontin de la navigation à vapeur), Fourrier et son Nouvel
ordre amoureux, le critique Alain Jouffroy, le port fluvial de Besançon
où sera prochainement installé le Frac, l’industrie
automobile de la région, Marinetti ou Picabia et bien sûr
le chanteur Claude François, … pour dévoiler/
révéler en quelque sorte l’inconscient de la
ville, « le merveilleux du quotidien ».
Sylvie Zavatta
Directrice du Frac Franche-Comté
(1) Patricia Brignonne, in. Joël Hubaut Re-mix épidémik,
Esthétique de la dispersion, Les Presses du Réel, 2006,
p. 56
(2) Joël Hubaut, in. Op.cit p. 41
(3) Arnaud Labelle-Rojoux, in. Op.cit p. 246
(4) Erratum Evènements
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