Carré d'art consacre son exposition d'automne à deux
jeunes artistes qui prendront chacun en charge une
des ailes du musée.
On pourrait dire qu'il y a une part de provocation qui s'attache
inextricablement à la
mort et à l'amour.
Si bien que notre condition mortelle est en soi provocante. L'histoire
de l'art en fournit la preuve avec des peintres
comme Hans Baldung Grien, Egon Schiele ou Hans Bellmer. Leur érotisme
nargue la Faucheuse. L'artiste Chloe
Piene (née en 1972) a su reprendre l'héritage brillamment,
comme en témoignent ses remarquables dessins et
vidéos. De même que ses prédécesseurs, elle
aborde ce territoire en travaillant directement sur la représentation
du corps humain. Ses fusains à la fois macabres et joyeux explorent
les thèmes féconds du sexe et de la
métamorphose. On y rencontre des couples cerf-femme, homme-femme,
des nourrissons et des satyres nains.
Carré d'Art-Musée d'art contemporain de Nîmes présente
un ensemble de dessins comprenant un certain nombre
d'oeuvres nouvelles, ainsi que deux vidéos récentes,
Who Slept with Who (2006) et Stummfilm (2007). Chloe Piene
les a tournées respectivement dans une ancienne prison de l'Ohio
et dans la forêt de Grunewald, à l'ouest de
Berlin. Les deux vidéos passent au crible les idées et
sentiments suscités par le corps, qui est le lieu géométrique
et le point de convergence de leur mise en scène. Pour cela,
l'artiste a mis à contribution une chorale pentecôtiste
et d'anciens gardiens de prison. Chacune des deux oeuvres, comme toutes
les vidéos de Chloe Piene, se déroule sur
le mode d'un opéra, où des voix et des sons trafiqués
déterminent l'univers évoqué par la bande-son.
Une exposition organisée par Klaus Ottmann a réuni les
dessins de Chloe Piene et ceux de Willem de Kooning
sous le titre Bodies of Desire à la Locks Gallery de Philadelphie
en janvier-février 2007. Chloe Piene a eu récemment
une exposition personnelle au Witte de With à Rotterdam, après
celles de Kunsthalle de Berne en 2004, et sa
participation la même année à la Biennale du Whitney.
Ses oeuvres sont entrées dans diverses collections publiques à
travers le monde, dont celles du Museum of Modern Art et du Whitney
Museum of American Art à New York, du
Museum of Contemporary Art à Los Angeles, de la Sammlung Hoffman à Berlin
et du Centre Pompidou à Paris.
L'approche directe et en même temps distanciée du corps établit
un pont entre les oeuvres de Chloe Piene
et de Jeppe Hein. Jeppe Hein aussi travaille sur les conditions d'appréhension
de l'oeuvre et de l'espace. Avant
même d'être une expérience artistique, l'oeuvre
est une expérience réelle qui s'adresse au corps et est
une invite à
regarder au delà de la transparence de la forme.
L'artiste Jeppe Hein est danois, né en 1974. Son exposition
est centrée sur le thème de la réflexion. Il reprend
les
formes géométriques simples du minimalisme et certains
des intérêts de l'art cinétique des années
60 notamment par
l'utilisation de matériaux et technologies comme les néons,
le métal chromé, les miroirs ; le travail s'établit
en retrait de
la personne de l'artiste. Mais à la confrontation intellectuelle
du spectateur à un objet artistique constant qui lui fait face,
prôné par le minimalisme, Jeppe Hein substitue l'intervention
du public parfois à son insu puisque de nombreuses oeuvres
sont mises en mouvement par capteur de présence. L'une des sources
revendiquées de l'oeuvre est le parc d'attraction avec
l'incitation constante qu'il y a pour le public à réagir à ce
qu'il voit. S'il insuffle mouvement et humour dans les formes
de l'abstraction minimale, Jeppe Hein peut surprendre aussi par la
violence ou le sentiment d'incertitude jeté sur
un monde où les formes réputées les plus stables
comme le cube ou la sphère se mettent soudain en mouvement.
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