À la lisière du visible…
C’est là que le Frac vous mène cet automne, à travers
le
dialogue complice et intime tissé entre Olga Mesa, chorégraphe
et des pièces minimales et conceptuelles de la collection.
Tout au long de l’été, pendant sa résidence,
la chorégraphe
a exploré les correspondances possibles entre la dimension
performative, éphémère de la danse et les notions
d’invisibilité,
d’immatérialité qui sont à l’oeuvre
dans la collection. Une
expérience qui résonne comme une nouvelle tentative – avec
les
résidences de critiques d’art - d’amener une lecture
différenciée
et renouvelée de la collection, de l’interroger, et même
de
l’interpréter… Car c’est bien d’interprétation
dont il s’agit
avec ce regard chorégraphique.
Une
pratique.
Olga Mesa est une des figures-clé de la danse contemporaine
espagnole. Depuis les années 1990, elle mène une
réflexion
sur
la question de la visibilité, de la perception, en adoptant
une double perspective : une approche intériorisée
- le corps
danseur qui expérimente et habite l'espace-temps -, et une
miseà
distance - essayer d'être son propre spectateur.
Sa pratique se décline sur le mode de l'expérimentation
:
réflexion sur le processus même de création et
sa mise en évidence, recherches autour de la vidéo
et d'une écriture «
cinématographique », approche sensible et corporelle
de l'espace, sollicitation de la participation du spectateur, etc.
Autant d'expériences qui entrent en résonance
avec les pratiques
de l'art minimal et conceptuel.
Ethérées, austères, radicales, désincarnées
sont des adjectifs
qui viennent régulièrement qualifier ces oeuvres, le
plus souvent
immatérielles, et rattachées à la sphère
des idées. La quête de
l'essentiel ne confine pas cependant au rigorisme ou à l'austérité.
Difficile, en effet, de nier l'humour subtil et décalé des
interventions de Ceal Floyer et Mario García Torres ou la
poésie
des mots déployés dans l'espace par Ján Mancuška.
Et comment,
entre autres, résister à l'envie de jouer avec les
faisceaux de
lumière des projecteurs de David Lamelas, échapper à l'influence
des extraits de gingembre de Décosterd & Rahm. Comment
ne pas se
laisser gagner par la sensualité et le trouble produits par
le
brouillard d'Ann Veronica Janssens….
De ce dialogue entre deux pratiques parallèles naissent, au
fil du
parcours et de la temporalité de l'exposition, des interventions «
clandestines », des échos chorégraphiques ou
des récits, des
impressions vidéographiques ou des visites-interprétées….
Autant de
propositions qui nous invitent à être attentifs à ces«
presque rien », à l'éphémère, à réinvestir,
avec la complicité d'Olga Mesa, la sensation et l'intuition et à laisser
notre imagination dériver au fil des fictions esquissées
par les
oeuvres.
Un espace à occuper. Un espace entre le jour et la nuit.
Un espace à délimiter. Un espace caché. Un espace
qui invite
à y rester. Rapprocher son regard d'un corps autre.
Olga Mesa était invitée au Frac Lorraine en mars 2007,
lors du
festival Extension du domaine de l'intime, pour présenter
son
spectacle Suite au dernier mot (créé avec Daniel Miracle
en
2003).
Olga Mesa, chorégraphe et artiste, est installée à Strasbourg,
où elle
vient d'achever une résidence au théâtre Pôle
Sud. Elle a fait des études de danse, de musique et de théâtre
en Espagne, en France et
aux Etats-Unis. Elle a créé sa propre compagnie en
1992 à Madrid et y
développe une approche pluridisciplinaire ouverte sur la musique,
les
arts visuels et la performance. Elle a également collaboré avec
Monica Valenciano et La Ribot.
Ses créations ont été programmées à Lisbonne,
Genève, Madrid, Barcelone,
Rio de Janeiro, Munich, Paris - au Théâtre de la Ville
de Paris (…).
O.M. propose des ateliers de création et de recherches en
Espagne, en
France et en Suisse, entre autres. |