C'est à la maison rouge que l'on va pouvoir
découvrir pour la première fois, dans toute son ampleur
et
dans toute sa diversité, la collection de Sylvio Perlstein.
Diamantaire et bijoutier anversois, Sylvio Perlstein a grandi au
Brésil
avant de s'installer en Belgique dans
les années 60. Il voyage alors constamment, comme aujourd'hui
encore, entre l'Europe et les États-Unis.
Toute son énergie et son temps libre sont consacrés à des
rencontres avec les artistes et à l'acquisition
d'oeuvres dont le plus souvent, dit-il, 'on ne sait pas vraiment ce
qu'elles sont, ni même parfois si cela est
bien de l'art''
Attentif et ouvert à la diversité des modes d'expression
comme à celle des différents médiums, il se
passionne avec la même intensité pour Dada, le surréalisme,
le minimalisme et l'art conceptuel, l'art
belge des années 60, les artistes du Nouveau Réalisme
ou de l'Arte Povera, la photographie des années 20 à aujourd'hui
et l'art contemporain.
Il vit entouré de sa collection qui compte plusieurs centaines
d''uvres inédites ou emblématiques.
Si son nom n'est pas connu du grand public, il l'est en revanche depuis
longtemps de très nombreux
artistes et personnalités du monde de l'art. Collectionneur-prêteur,
il contribue régulièrement à de
nombreuses expositions internationales.
le
parcours de l'exposition
À
l'entrée de la maison rouge, un tableau de Sarah Morris
(House for Rent) reproduit en grand format les
panneaux d'annonce des agences immobilières, suggérant
la vacance probable ou l'occupation temporaire
du lieu.
Au bout du passage qui longe la maison rouge l'oeuvre de Barbara
Kruger, Busy Going Crazy, signale
l'entrée d'un espace composé d'une dizaine de volumes
reliés entre eux par de multiples passages
favorisant une circulation libre et aléatoire.
Sur des cimaises dont la courbure évoque celle d'un 'il
ou d'une lentille optique, sont accrochées près
d'une centaine de photographies des années 1920-1940. Sans
transition, le regard passe de Brassaï à André Kertesz,
de Paul Strand à Paul Outerbridge, puis à Claude
Cahun, Manuel Alvarez-Bravo, Man Ray, Tina
Modotti, Germaine Krull'
Obstruction, le célèbre mobile de Man Ray, occupe
le centre d'une pièce où voisinent les oeuvres en
relief de Marcel Janco, celles à deux ou à trois
dimensions de Paul Joostens, un tableau de Arthur Segal, un
photomaton surréaliste, une lettre d'André Breton écrite
en temps de guerre à Jacques Vaché, des
gouaches de René Magritte, un paysage de Yves Tanguy, des
collages, des assemblages, une Joconde
moustachue, une autre rasée.
De part et d'autre, dans des alcôves, sont présentés
un crâne-reliquaire ayant appartenu au poète Paul Éluard
et Pliant de Voyage, le ready-made souple de Marcel Duchamp ; deux
variations sur les énigmes de
la présentation et de l'occultation.
Dans un 'salon de lecture' sont disposées des oeuvres où les
mots seuls servent de thèmes et de matériaux
de création. On y découvre pêle-mêle
des toiles de George Condo, Jean Metzinger, Ed Ruscha ou Ben, des
dessins de Jean-Michel Basquiat, Francis Picabia, Georges Ribemont-Dessaignes
ou René Magritte, des
collages et des assemblages de Lou Sheper, Hanna Höch et Yuri
Annenkov, des envois postaux d'Alighiero
Boetti, On Kawara ou Jean Tinguely, des néons de Bruce Nauman
et Maurizio Nannucci, un diaporama de
Robert Barry ou les mots en ombre portée de Fred Eerdekens.
É piques ou tragiques, des oeuvres de Rebecca Horn, Bruce Nauman, Keith
Sonnier, Mario Merz et Maurizio
Cattelan se donnent la réplique ou bien soliloquent au sein
du lieu qu'elles partagent.
La salle intitulée 'Histoires Belges' rassemble des oeuvres
iconoclastes de Marcel Broodthaers, E.L.T.
Mesens et Marcel Marïen, démontrant si besoin est,
la radicalité et
l'originalité d'un conceptualisme issu
de Belgique.
Plus loin, les cliquetis des oeuvres de Tinguely et Bury répondent
au mouvement silencieux du mobile
d'Alexandre Calder et à la tension muette des électro-aimants
de Takis.
Une salle nommée 'objets de mon affection', en souvenir
de la belle formule de Man Ray, est consacrée
aux oeuvres-objets. Larry Rivers y côtoie Antoni Miralda,
Robert Malaval, Daniel Spoerri, Christo, Arman,
Bernard Aubertin et Man Ray, bien sûr.
De petits espaces propices au silence et à la solitude abritent
des 'uvres de Lucio Fontana, Piero Manzoni,
Yves Klein et Pino Pascali.
Une salle accueille des oeuvres ayant trait à la pensée
du paysage et de l'itinérance. On y retrouve des
travaux de Robert Smithson, Richard Long, Pier Paolo Calzolari,
Christo, André Cadere, Hamish Fulton.
Suivent un ensemble de travaux fusionnant concept et photographie,
tels ceux de Joseph Kosuth, William
Wegman, Alain Bizos, Vito Acconci, Douglas Huebler et John Hilliard,
pour ne citer qu'eux.
Il
y a aussi un jardin de sculptures.
Pour finir, deux espaces en vis-à-vis rassemblent d'un
côté des
oeuvres minimales et conceptuelles de
Robert Ryman, Daniel Buren, Agnès Martin, Robert Morris,
Donald Judd, Dan Flavin, On Kawara, Lawrence
Weiner, et de l'autre des 'uvres de Marepe, Steinbach, Bijl ou
Paik formant une sorte de terrain de jeu
délirant. Jouant un rôle de trait d'union entre
ces deux salles exprimant des aspirations antinomiques et
complémentaires, un passage accueille la vidéo
de Bruce Nauman, Good Boy, Bad Boy.
Enfin, dans 'l'enfer', des oeuvres marquantes de Joel-Peter Witkin,
d'Andres Serrano et d'autres encore
attendent le visiteur dans la pénombre.
Le titre de l'exposition ' Busy Going Crazy ', emprunté à une
'uvre de Barbara Kruger, a été accepté avec
enthousiasme par Sylvio Perlstein. Selon lui, cette formule lapidaire
rend compte avec humour de la
nature exacte du processus qui s'est enclenché depuis une quarantaine
d'années. |