En présentant à la galerie Lahumière
ses travaux récents, Antoine Perrot poursuit dans un double
mouvement le jeu de circulation et de déplacements qu’il
a initié en forgeant le concept de « ready-made color ».
D’un côté ses œuvres suggèrent au
regardeur une évidence même, comme autant de propositions
qui seraient déjà présentes, immédiates
dans leur capacité à énoncer le vocabulaire
de l’abstraction. De l’autre côté, en faisant
des emprunts constants à des éléments extérieurs à la
sphère artistique qu’il réinvestit dans le processus
pictural, l’artiste renvoie à un ensemble de strates
culturelles, où se télescopent aussi bien les vertus
de l’abstraction, le détachement du minimalisme et le
cynisme du pop que des processus qui appartiennent à la sphère
du bricolage ou à la fausse naïveté d’un
art qui serait brut.
Chaque œuvre - des « peintures dont vous avez besoin » aux « peintures à vivre » en
passant par les « peintures efficaces» selon les titres
qu’il leur donne - semble conçue comme un réenchantement
critique de différentes formes de productions artistiques.
Elles dépassent leur fonction de signe pour territorialiser
le processus artistique. Elles permettent à chaque regardeur
par des procédures simples et reproductibles de les « faire
sienne » et d’étendre une vision artistique à un
espace commun : « Je redistribue simultanément la mémoire,
les formes, les structures de la peinture et les objets et les matériaux
de ce monde, dit l’artiste. Mais ce sont des objets ou des
matériaux qui sont en quelque sorte déclassifiés,
si ce n’est considéré comme vulgaires dans leurs
couleurs et dans leurs usages, ce qui revient souvent au même
quand on constate qu’il sont systématiquement liés
au travail manuel, au sport, aux loisirs ou aux jeux enfantins. Ils
contaminent ainsi les dispositifs plastiques et mettent en jeu la
relation entre le désir (le désir populaire de voir
et se faire voir ?) et les conduites élitistes de la société dont
l’art fait partie : deux territoires communs qui ne s’associent
que rarement. »
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