Peintures, sculptures, collages,
performances, scénographies, chorégraphies, décors et costumes
de théâtre… : Robert Rauschenberg peut être
considéré comme le précurseur de pratiquement
tous les mouvements artistiques de l'après-guerre depuis l'expressionnisme
abstrait américain.
Pourtant, le fait d'avoir travaillé avec un large éventail
de thèmes, de styles, de matériaux et de techniques
lui a toujours permis de préserver son indépendance
artistique. L'exposition au Centre Pompidou se focalise pour la première
fois sur la production des Combines réalisées entre
1954 et 1961 en présentant des oeuvres célèbres
de cette série comme Monogram (1955-1959) et d'autres montrées
au public pour la première fois.
Dès 1953, au retour d'un voyage en Europe et en Afrique du
Nord, Rauschenberg travaille à la série des Red Paintings
considérées comme les premières ébauches
des Combines : assemblages abstraits de différents types de
matériaux recouverts de peinture suivant une méthode
de combinaison de thèmes disparates, dont la plupart des motifs
prendront définitivement place dans son registre iconographique.
Sans aucune hiérarchie sont ainsi mélangés des
objets trouvés, des images de la culture populaire et des
médias, des références aux chefs-d'oeuvre de
l'histoire de l'art et à la mythologie et des éléments
plus strictement typographiques. C'est à partir de cette même
année que Robert Rauschenberg emploie le terme « Combine » pour
désigner cette série d'oeuvres dans lesquelles il intègre
images et objets du monde réel à la peinture abstraite,
abolissant de la sorte les frontières entre peinture et sculpture.
De fait, ces oeuvres fondent le dialogue permanent
de l'artiste avec les différents médias techniques, entre l'artisanat
et le ready-made, entre la technique gestuelle du pinceau et l'image
reproduite mécaniquement. Allant à l'encontre des dogmes
alors en vigueur de l'expressionnisme abstrait, les Combines ont
réintroduit dans l'histoire de l'art une imagerie reconnaissable
issue de la vie quotidienne.
Pour Robert Rauschenberg, « un tableau ressemble davantage
au monde réel s'il est réalisé avec des éléments
du monde réel. (…) Je ne veux pas qu'un tableau ressemble à autre
chose qu'à ce qu'il est. »
Parmi les plus célèbres oeuvres de cette série
se trouvent Monogram (1955–1958) : une chèvre angora
empaillée « entourée » d'un pneu de voiture
sur une toile posée à l'horizontale sur laquelle reposent
débris en tous genres ou encore Satellite (1955) dans laquelle
un faisan empaillé se promène sur le châssis
d'une toile abstraite.
Grâce à une sensibilité ouverte à la
fois aux objets hétéroclites récupérés
et à la peinture « traditionnelle », Robert Rauschenberg
réussit à trouver un équilibre entre les exigences
souvent contradictoires de la « vie » et de l'« art »,
dans le but d'ouvrir les yeux du public à son environnement
réel et au phénomène artistique.
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