gb agency est heureuse de présenter
une nouvelle exposition de Robert Breer.
Nous pourrons à la fois y découvrir une œuvre sculpturale
inédite conçue en 2010 et revisiter d’autres aspects
moins connus de son travail.
Cette exposition interroge
les relations existantes entre la peinture et les premiers films
de l’artiste par un détour historique; époque
passionnante de l’après guerre, où certains artistes
eurent le courage de rompre avec les codes esthétiques et
politiques afin d’affirmer des idées différentes.
Le néoplasticisme était un art idéaliste: l'ordre
et la stabilité avaient une grande importance après
le traumatisme de la Première Guerre mondiale, et l'art avait
un rôle fondamental à jouer pour reconstruire la civilisation
occidentale. En 1952, Robert Breer est à Paris, il expose à la
galerie Denise René; il s’inscrit alors dans la veine
de l’art concret (abstraction géométrique), troisième
voie possible entre le réalisme social et l’art informel.
Très vite, la direction prise par cet entourage artistique
lui semble trop autoritaire. ‘Durant cette période néo-plastique,
on faisait des peintures Absolues. Par conséquent je faisais
une peinture absolue chaque semaine, et il me semblait qu’il
y avait une contradiction à vouloir faire tant d’absolu.
Il m’est apparu que ce qui m’intéressait n’était
pas tant d’atteindre cet absolu que de cheminer vers lui. Le
processus me semblait plus intéressant que le produit final.
En 1955 j’ai commencé à introduire dans mes tableaux
des éléments qui rompaient avec l’orthodoxie
néo-plastique, car les formes sur lesquelles nous travaillions
alors étaient imbriquées les unes dans les autres;
en laisser une flotter librement relevait d’une sorte d’hérésie.
Suggérer un espace élastique dans une peinture, était
considéré comme un point faible. L’espace devait être
très «concret», très soumis au cadre: les
formes devaient se positionner l’une par rapport à l’autre;
j’ai introduit une ligne flottante, délibérément.’ A
bien y regarder, les formes semblent vouloir sortir du cadre du tableau,
les figures se transforment en un mouvement suspendu.
L’artiste fabrique alors des flip books pour analyser ses compositions
picturales (‘Untitled’, 1950). Cette méthode,
image par image, lui permettra de concevoir le passage de la peinture
au film. En 52, il réalise son premier film intitulé ‘Form
Phase I’. Nous présenterons les quatre ‘Form Phases’ de
1952 à 1954.
Si l’artiste introduit dès ‘Form Phase I’ les
figures géométriques (cylindres, dômes, lignes)
que l’on retrouvera plus tard, non seulement dans ses films
mais aussi dans ses sculptures, on peut néanmoins constater
une évolution dans ces quatre films: des tâtonnements
de l’artiste vis à vis du medium, jusqu’à l’affirmation
d’un style maitrisé et d’une signature avec ‘Form
Phase IV’.
Presque 30 ans plus tard,
son film ‘70’ dont nous exposons
les dessins aujourd’hui reprend cette simplicité des
formes avec beaucoup de poésie. Le grain du dessin, le cadrage
des scènes renvoient à son expérience au Japon,
lors de l’exposition universelle d’Osaka en 1970. La
figure du ‘Float’ revient de façon récurrente
car toutes les formes de l’œuvre de Breer s’interpénètrent.
Un autre objet insolite présent dans l’exposition renvoie
au monde du cinéma. ‘Mural Flip Book’, 1964 dévoile
le passage de l’image statique à la forme cinématographique ‘juste
pour le plaisir de revivre l’expérience de la persistance
rétinienne’. Chez Robert Breer l’expérience
sensible, humaine et même quotidienne prévaut à tout
principe.
Le mouvement, fil conducteur
de toute l’œuvre de Robert
Breer, se décline aussi dans son travail sculptural. L’artiste
considère le mouvement comme une forme d’expérience,
la traduction et la représentation d’un espace lorsque
la perception du spectateur et sa temporalité se rencontrent.
Ses ‘Floats’ (sculptures motorisées au déplacement
presque impalpable et à la trajectoire aléatoire) ‘ne
sont pas conçus pour être en compétition avec
l’intelligence animale, mais pour se comporter indépendamment’.
Ces sculptures, dans un hors champ permanent, éprouvent les
seuils de conscience: dans leur incessant cheminement, elles évoquent
un présent qui n’est déjà plus, rappelant
que le centre et la périphérie ne font qu’un.
Robert Breer n’a cessé d’éprouver la surface
du sol, l’implication de ses objets flottants sur cette ère
active. Pour la première fois, il glisse son champ de recherche
subtilement. Sa nouvelle création ‘Clouds’, 2010
révèle la fraîcheur de l’artiste et sa
capacité à se réinventer. Des sculptures au
plafond se déplacent très lentement, toutes dans le
même sens comme des nuages portés par le vent. Cette œuvre
produit une nouvelle expérience, le mouvement devient espace
et volume tout en accompagnant ou s’opposant à la circulation
du spectateur.
Enfin, nous présenterons aussi en dessins des projets non
réalisés de l’artiste; ces derniers témoignent
de cet esprit humaniste dont l’œuvre défend un
illogisme ludique et redéfinit l’ordre des choses. |